Résurgences Senséennes

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La « Satis », c’est ainsi qu’on nomme la Sensée dans les récits du VIème siècle. En ces temps là, elle prenait sa source au nord-ouest d’Arras.

C’est au Xème siècle, après le creusement de la dérivation de la Scarpe, que son cours sera modifié. Prenant sa source entre Vis-en-Artois et Haucourt en Cambrésis, elle s’écoule calmement sur 54 km au pied des plateaux du Cambrésis, traversant marais et étangs pour se jeter dans le canal du Nord.

Si l’on veut parler du val de Sensée il faut évoquer les monts Saint Rémi, ces monts apparus à l’ère tertiaire.

Jadis, il y a 65 millions d’années, vers le milieu de l’éocène, tout le Nord de la région s’affaisse et, sous la pression subie au Sud, une fraction du socle, déjà faillé au primaire, s’élèvera.

Ce modeste accident de relief finira par jouer le rôle de seuil entre le bassin parisien et le bassin Londres-Bruxelles : c’est l’Artois, dont les abords sont jalonnés par la petite chaîne de collines appelées « Monts saint Rémi ».

Ces hauteurs sont formées de sables landéniens de l’ère tertiaire.

De Bugnicourt et Cantin, elles s’échelonnent jusqu’à Montigny-en-Ostrevent, en passant par Erchin et Lewarde, rompant ainsi la platitude et l’uniformité du paysage.

En même temps ces élévations de terrain formeront les vallées de la Sensée au Sud, de la Scarpe au Nord, et de celle de la Haine à l’Est, qui donnera son nom au Hainaut, tandis que s’élève dans la région Lilloise, le dôme du Mélantois.

Une seule frontière naturelle existe dans la région : la crête de l’Artois, petite dénivellation d’à peine 100 mètres, qui sépare pourtant le Bassin Parisien et la Plaine du Nord, laquelle s’étend ensuite sur 3000 km, jusqu’à l’Oural.

Ces deux derniers millions d’années sont marqués par la succession de périodes froides et chaudes, déterminant l’apparition puis la fonte d’immenses glaciers en bordure du territoire national.

Quatre glaciations, séparées par trois périodes de réchauffement se succèderont.

En alternance dans la région règne, soit un paysage froid de type Sibérie (rhinocéros laineux, rennes) , soit de type savane, type africain (éléphants, lions).

Lors des phases de glaciation, le niveau de la mer baisse de plus de 100m. Au Nord, sur le front des glaciers, d’énormes quantités de poussières fines sont arrachées du sol, et emportées par des vents violents.

La région bénéficie de ce dépôt de particules, le lœss, sur presque toute sa surface, principalement au sud.

C’est de là que viennent ces bonnes terres agricoles de l’Artois et du Cambrésis.


Le Nord Pas-de-Calais est le point de rencontre de la puissante civilisation de l’Europe du Nord et de celle du Bassin Parisien.

Ce discret relief des monts St Rémi a subi depuis son origine beaucoup de transformations, qu’elles soient d’origine naturelle telle l’usure par l’érosion durant des dizaine de milliers d’années ou humaines, comme l’exploitation intensive des carrières de grès pendant près de neuf siècles.

Située entre Douai, Valenciennes et Cambrai, cette modeste chaîne de collines, telle une immense chenille hérissée, porte sur le dos une pléiade de magnifiques bosquets. Lorsque l’on quitte Douai pour se diriger vers Valenciennes ou Cambrai on l’aperçoit au loin.

Ces monts devaient probablement rappeler les limites des diocèses de Reims et d’Arras car, en l’an 500 après le baptême de Clovis, St Rémi détacha de son grand diocèse de Reims tout le pays des Atrébates dont Arras était le centre.


Avant l’apparition de l’Homme, le Nord est une région recouverte de grandes forêts luxuriantes. Les pluies très fortes à l’époque font régner sur la région une humidité permanente qui favorisera la décomposition des débris végétaux, la formation de tourbières, comme à Brunémont, et seront ensuite recouverts par les alluvions amenés par les eaux. D’autres forêts pousseront sur ceux-ci, et ainsi de suite durant plusieurs dizaines de millions d’années, suivant le même cycle.

Les couches successives de forêts, d’alluvions, d’argile, isolent les débris en décomposition et la transformation en charbon s’opèrera ainsi tranquillement, au fil du temps.

Dès la préhistoire, la présence de l’homme est avérée dans la région d’Arleux. L’homme de Biache, découvert à Biache St Vaast, permet de dater la présence d’êtres humains environ 200.000 ans avant J-C.

Des fouilles ont permis de découvrir de nombreux objets en silex de la période paléolithique.

C’est au néolithique, surtout entre 5000 et 2000 avant J-C., que les hommes, les Ibères, venant d’Italie et d’Espagne, s’implanteront le long de la vallée de la Sensée, marquant la fin du nomadisme, la sédentarisation des populations, sans doute sous la pression des femmes.

Les monuments mégalithiques qu’ils nous laisseront, sont les témoins les plus spectaculaires de cette présence, comme à Lécluse ou à Hamel.


Théâtre de conflits permanents, notre terroir connaîtra une quantité impressionnante de batailles, dûes en grande partie à l’absence d’accidents naturels de terrain, qui fragilise une frontière n’ayant jamais séparé suffisamment la France de ses voisins septentrionaux.

C’est aussi la raison pour laquelle tant de châteaux forts la caractérisent, dont certains, maintes fois relevés de leurs ruines, détourneront sûrement vos regards, comme ceux de Roucourt, Villers, et Bugnicourt.


Déjà Jules César et ses armées envahissent la Gaule belge en 57 av JC, et la domination romaine s’étendra sur 4 à 5 siècles durant lesquels d’innombrables révolutions et changements interviendront.

A cette époque, la région d’Arleux se trouve à mi-chemin entre deux grandes agglomérations : « Nemetacum » plus connue de nos jours sous le nom de Arras, capitale de la cité des Atrébates, ces valeureux guerriers qui désarçonnèrent Jules César lui-même, et « Camaracum », aujourd’hui Cambrai, capitale de la cité des Nerviens.

« Satis », la Sensée, forme la limite naturelle entre ces deux territoires.

Durant cette période, une brillante culture se développera et les Romains entreprendront des travaux titanesques.

Au même moment, cette période très prospère voit la naissance de nos villages, notamment Estrées (Strata), Bugnicourt (Begnini curtis), Villers (Villare, diminutif de Villa)…

De nombreuses traces de cette présence restent visibles dans nos cités.


Devenus trop riches et trop puissants, les romains finiront par perdre le goût du travail et de la simplicité à l’origine de la puissance de leur civilisation.

Ils ne s’adonnent plus qu’au jeu, au théâtre et à la bonne chère ; il ne respectent même plus la famille, d’où leur inertie et leur faiblesse.

Aussi, quand les barbares envahissent leurs frontières, ils n’auront plus le courage ni la force nécessaires pour les repousser, et seront vaincus, à leur tour.


C’est alors que les grandes invasions déferleront : Vandales, Wisigoths, puis les Huns. En 451, Attila, le roi des Huns, est vaincu aux « champs catalauniques » par Aétius, Mérovée et Théodoric réunis.

Les Francs Saliens, peuple germanique, s’établiront dans le Brabant actuel, et les Francs du Rhin, sur les rives du Rhin et de la Moselle.

A la mort de Childéric 1er, fils de Mérovée, Clovis 1er, son fils, deviendra chef des Francs Saliens. Il réunifiera les deux peuples et conquerra toute la Gaule sous la dynastie des Mérovingiens, balayant romanité et chrétienté, dont le général romain Syagrius à Soissons en 486, avec le fameux vase.

St Rémi, archevêque de Reims, baptisera Clovis en 496. Le pays des Atrébates, avec Arras, est détaché du grand diocèse de Reims.

A sa mort, en 511, le royaume sera partagé entre ses quatre fils, le Nord est en grande partie en Neustrie qui reviendra à Clotaire 1er, puis à son fils, Chilpéric 1er.

Après avoir fait enfermer Clovis III, dernier mérovingien, Pépin le Bref prendra le pouvoir et fondera la dynastie des Carolingiens qui doit son nom au plus illustre d’entre eux, Charlemagne.


Les règnes mérovingiens et carolingiens font du Nord-Pas-de-Calais une des régions les mieux tenues sous la domination Franque. La région est bilingue : romane et germanique. Les missions chrétiennes fleuriront jusqu’au 9ème siècle.

Entre 931 et 947, l’Ostrevant passera progressivement sous la domination du comte de Flandre, puis sous celle des comtes de Hainaut, donc, du royaume à l’Empire.


A cette époque, le seigneur est un guerrier et il réside dans sa villa au milieu de son domaine.

Ses vassaux et serfs se rassemblent en villages et pratiquent la culture et l’élevage, des monastères s’érigent ça et là dans la campagne.

Quelques hommes sont libres, propriétaires de terres disponibles ou « alleux », d’où la ville d’Arleux tire son nom.


Entre les années 1050 à 1180, le besoin de solitude sera presque aussi fort qu’aux premiers siècles du christianisme.

Ces années exercent un rayonnement dont nous n’avons plus idée de nos jours.

Les innombrables ermites et reclus qui, vivant dans une indépendance totale, à l’ombre d’un monastère, dans une hutte forestière, ou dans une cellule accolée à un sanctuaire sont, pour les populations, des protecteurs et des conseillers, au point qu’après leur mort, le lieu où ils ont vécu deviendra un lieu de pèlerinage, comme à Féchain, l’ancienne chapelle de l’Ermitage.

De 1071 à 1191, l’Ostrevant est âprement disputé entre les Comtés de Flandre et de Hainaut. La zone litigieuse correspond aux monts saint Rémi, sur lesquels sont campés çà et là des châteaux forts, comme ceux de Villers au Tertre, Cantin, Roucourt.


L’influence du vaste ébranlement politique et religieux occasionné par les croisades se fait fortement sentir dans le Hainaut et la Flandre, surtout lors de la première et de la quatrième.

Dès le IXème siècle, l’église incitera les populations aux Croisades pour la défense des chrétiens menacés par les infidèles, accordant l’absolution aux guerriers qui y mourront en défendant les chrétiens contre les Sarrasins et les Turcs.

Elle déclarera même que le serf qui se croiserait ne pourrait être retenu par son seigneur et pourrait vendre sa terre sans son consentement.

Durant la première Croisade, beaucoup de seigneurs suivront Godefroid de Bouillon en terre sainte.

En fait, seules les trois premières croisades, qui se déroulent aux XIème et XIIème siècles, seront vraiment des expéditions rassemblant toute la chrétienté occidentale pour conquérir, défendre, ou délivrer la Terre sainte selon la volonté pontificale.


Philippe d’Alsace, en 1180, comte de Flandres et de Vermondois, offre à sa nièce Isabelle de Hainaut comme dot lors de son mariage avec le roi de France Philippe Auguste, les villes d’Hesdin, Arras, St Omer, Bapaume et Lens. Mais, en 1184, à la suite d’un différend, il assiègera vainement le château de Villers-au-Tertre, possession du comte de Hainaut.

Au XIIIème siècle, la Flandre et le Hainaut sont unis. Ypres, Lille, Douai, Gand et Bruges sont autonomes mais pas indépendantes. Cette unification ne durera pas, et le nouveau roi de France Louis IX, Saint Louis, attribuera la Flandre à la maison de Dampierre, et le Hainaut à la maison des d’Avesnes.


A l’entrée du XIVème siècle, Philippe IV dit le Bel, roi de France, tentera la conquête de la Flandre mais le comté se rebelle et l’armée de Philippe le Bel sera repoussée.

Deux ans plus tard, en 1304, lors de la bataille de Mons en Pévèle, ce sera Philippe le Bel qui gagne et le 23 juin 1305, une paix de compromis sera signée à Athis, permettant au roi de France d’annexer Lille, Douai et Béthune.

Les grandes villes refuseront de reconnaître ce traité, mais une terrible famine viendra s’ajouter aux ravages de la guerre et finira par calmer les esprits.

En cette année 1316, tous les pays circonvoisins de Lille se trouvent presque entièrement dépeuplés.
Le recensement des populations se faisait d'ailleurs très simplement, toujours l'hiver, en observant les villages de loin, comme à Erchin, ou à Villers.
Le nombre de feux, de foyers, identifiés par la fumée des cheminées, multiplié par le nombre moyen des habitants d'une chaumière, donnait une idée assez précise du nombre d'habitants d'un village.
Ce mot 'foyer' donnera bien entendu les termes de foyer familial, ou foyer fiscal, etc..., toujours utilisé de nos jours.

C’est avec la guerre de cent ans que les invasions vont commencer, provoquées en 1337 par Edouard III, hôte de Bugnicourt avec sa mère Isabelle, reine d’Angleterre en 1326, qui réclamait la couronne de France, invasions marquées par les désastres français avec celui de Crécy, et des sièges meurtriers dont celui de Calais qui sera pour 2 siècles aux mains des anglais, une récession économique et son cortège de misères, des épidémies effroyables telle celle de 1347 (1/3 des Lillois meurent de la peste).

Les armées ont besoin de nourriture, les greniers pleins font bien l’affaire des envahisseurs et les villageois meurent de faim. Les soldats anglais sèment la terreur dans le Cambrésis, le Vermandois et la Thiérache, soutenus par le roi de Navarre Charles le Mauvais, toujours prêt à guerroyer, mais qui sera emprisonné en Arleux, au Forestel.

La guerre de cent ans et la rivalité entre roi de France et duc de Bourgogne qui s’ensuivra, entraînera l’une des périodes les plus sombres des annales du Hainaut et du Cambrésis.


Les comtes et les seigneurs qui gaspillent l’argent pour les expéditions militaires et pour leurs fêtes, sont forcés d’emprunter à des usuriers qui les ruinent et deviendront à leur tour possesseurs de leurs biens et de leurs droits.

Les hommes de guerre, les brigands et les voleurs se réunissent par troupes pour commettre d’atroces cruautés ; les paysans sans défense se regrouperont en bandes, organisant des guerres civiles et des rixes sanglantes entre villages voisins, parfois entre habitants d’une même localité.

Voilà la situation dans laquelle presque toutes les provinces du Nord de la France se trouvent à diverses reprises au XIVème et XVème siècle.


La guerre sera de nouveau déclarée entre la maison autrichienne et la France en 1537. Les troupes françaises dévastent l’Artois et détruisent tout sur leur passage.

Une grande partie de l’histoire du XVIème siècle est dominée par ce que les historiens ont appelé le duel entre la maison de France et de Habsbourg, duel dans lequel interviendra activement le roi d’Angleterre, qui possédera Calais jusqu’en 1558.

Mais la rivalité entre les deux potentats, Charles Quint et François 1er, allait entraîner un cycle infernal de violences, de pillages et autres atrocités.

En 1562 plusieurs foyers protestants se développent : Amiens, Douai, Valenciennes et Béthune, tandis qu’à Paris, durant la nuit du 23 au 24 août 1572, se déroule le tristement célèbre massacre des huguenots plus connu sous le nom de massacre de la St Barthélémy.


En 1581, le cambrésis tombera de nouveau aux mains des français, sauf Cambrai qui restera aux mains de Balagny. Mais ce dernier, bien qu’ami des espagnols, les sait toujours capables de le rejeter hors de Cambrai.

Souffrance et misère deviendront le lot quotidien des habitants de nos villages du Douaisis et du Cambrésis.

Le 17 janvier 1595, la guerre entre la France et l’Espagne éclate, les soldats espagnols se répandent de nouveau dans les campagnes.

En ce début d’année, comme toujours, les habitants des villages des alentours de Cambrai souffrent des incursions de la garnison de Cambrai.

Cette même année, le gouverneur de Bouchain s’avise lui aussi de terroriser le pays, et enlèvera aux paysans leurs chevaux, leurs armes et leurs meubles, et toutes leurs bêtes.


Terrible hiver que celui de 1607, sur la région. La gelée durera même 6 semaines, « l’hiver fut sy dur et la gellé si forte qu’il y avoit aux environs, des glaces qu’elle avoient 2 piends et demy d’espresseurs et dura la dicte gellé six semaines… Le vin et la bière s’engeloit versant dedans le verre… ».


De 1635 à 1698, sous le règne de Louis XIII et Louis XIV, la France et l’Espagne reprennent encore une fois la guerre.

Cette fois, il s’agit d’un gigantesque affrontement qui durera jusqu’à la fin du siècle, 42 années de combats, de sièges, de ravages, désolations, ruines et atrocités, 42 années durant lesquelles se modifieront le paysage politique, la frontière, puisque les territoires formant l’actuel Nord-Pas-de-Calais passent effectivement sous la souveraineté du roi de France.

Une série de traités sera signée, dont le dernier, Utrecht en 1713.


En début d’année 1635, les troupes espagnoles manœuvrent à plusieurs reprises entre Bouchain et Cambrai. Elles font de telles réquisitions, en grains et en vivres de toutes natures, que les paysans seront littéralement ruinés.


Douai, Lille et Orchies, seront définitivement rattachés à la France en 1668.


La guerre reprendra ensuite contre les hollandais, en 1672. Bien que les actuels territoires formant le Nord et le Pas-de-Calais ne deviendront le théâtre de la guerre qu’en 1676, entre-temps, à partir d’octobre 1673, la région sera constamment traversée par les armées belligérantes qui, en divers temps, ne laissaient que la désolation après leur passage.

La paix sera signée en 1697 à Ryswick, et Louis XIV, contraint de renoncer à toutes ses conquêtes aux Pays Bas depuis 1678.

Ce fut donc ‘une guerre pour rien’ qui révéla que la France n’était pas invincible.


La mort de Charles II, roi d’Espagne, en 1700, donnera lieu à la guerre de succession d’Espagne.

Cette guerre sera encore une fois désastreuse pour la France car elle a contre elle toute l’Europe. Elle va dévaster le Nord et se terminera en 1713 aux traités d’Utrecht.

Pendant ce temps-là, en Hainaut, c’est le début de l’exploitation des mines de houille, ‘certaine espèce de terre nommée houle, qui sert à faire du feu’


L’hiver 1708-1709 sera terrible, il gèle sans arrêt de janvier à fin avril 1709. L’Escaut est complètement figé ainsi que les canaux, et la mer, près des côtes.

Sous l’effet du gel, les arbres et même les pierres éclatent, tandis que les blés sont littéralement cuits dans la terre, augurant une famine tragique ensuite.

Les populations grelottent et des familles entières sont retrouvées mortes de froid. Au printemps 1709, la famine règne dans le royaume, la misère est effroyable, la mortalité considérable.


Le 9 août 1711, Albergotti, de l’armée française, dirige un camp retranché de Wasnes-au-bac à Wavrechain, en relation avec Bouchain, car l’ennemi s’apprête à assiéger Bouchain.

Le 17 août, les alliés s’emparent de la voie existant entre le camp retranché et Bouchain, Louis XIV en sera indigné.

Bouchain se rendra le 12 septembre à Marlborough et sera occupé par les forces hollandaises, les Français de la garnison sont emmenés à Tournai malgré les protestations énergiques de Villars.

L’abbé Dufour (voir à Villers au Tertre) pense que le siège de Bouchain, si glorieusement soutenu, arrêtant les armées victorieuses de Marlborough, a contribué au salut de la France, puisque l’ennemi sans cela, aurait pu continuer sa marche vers la Picardie, le Vermandois et l’Ile de France.

Mais en contrepartie, ce siège fut un vrai désastre pour les localités environnantes car les soldats, amis ou ennemis, mal nourris et pauvrement ravitaillés, se répandront dans les campagnes pour tout dévaster, pillant les fermes, saccageant les cultures qui deviendront incultes, et faisant hésiter nos paysans à les réensemencer.


En ce mois de mai de 1712, l’armée du Prince Eugène est au camp de Douai. Puis ce sont les anglais, avec à leur tête le duc d’Ormond, successeur de Marlborough.

Cette armée s’étend de Goeulzin (le Moulinet) à Ecaillon du 13 avril au 26 mai, et abattra tous les arbres sur les territoires de Lewarde, Erchin et Roucourt, des monts St Rémi. Le 24 juillet 1712, c’est la victorieuse bataille de Denain.


Depuis l’envahissement du territoire français, le sentiment national s’est réveillé, l’armée est bien entraînée, et de nombreux officiers forment leurs soldats qui montrent une grande bravoure.


En 1713, le traité d’Utrecht, signé entre la France, l’Espagne, l’Angleterre et la Hollande mettra fin à la guerre de succession d’Espagne, la France conservera son intégrité territoriale.

D’ailleurs, ce traité délimite pratiquement la frontière actuelle du Nord de la France.

Le Nord, d’abord hostile aux français, finit par accepter son intégration au royaume de France.

Lucien Baude écrira dans son ouvrage sur ‘Les sièges de Douai et la bataille de Denain’ en 1964, « Il est incontestable que cette paix d’Utrecht fut la conséquence directe de cette brillante journée de Denain. Elle confirmait le retour à la France de Douai, Lille, Bouchain en même temps qu’elle ouvrait pour la France une ère de tranquillité et de prospérité.»


Successeur de Bagnols, l’intendant Maignart de Bernières fait le bilan de la guerre deux ans plus tard et écrira : « le pays est diminué de près des deux tiers des habitants de la campagne, sans maisons, sans bestiaux et principalement sans chevaux. La guerre a surtout été cruelle dans l’Ostrevant et la gourvernance de Douai. Ce n’est pas exagéré de dire que, dans toute cette étendue de pays que j’ai vue et revue moi-même, il n’y a pas un pouce de terre cultivé ni labouré ; qui plus est, qu’il n’y a pas plus de 200 chevaux existants, encore sont-ils exténués et hors d’état de servir ».

Ce bilan dit aussi « … le pays estant entièrement ruiné depuis 4 ou 5 ans par les campagnes des armées… il ne reste plus, dans la plupart des villages, ni bâtiments, ni églises, ni hayes, ni buissons, les deux tiers des peuples étant morts de misère ou s’étant retirés ailleurs… »


Le 2 juillet 1719 un orage épouvantable ravage les cultures de Vitry en Artois jusqu’à Mons en Belgique.


Le 11 mai 1745, Claude Constant Juvénal de Harville des Ursins, plus commodément appelé le marquis de Traisnel (voir à Villers), est à la bataille de Fontenoy, puis aux sièges des villes et citadelles de Tournai, Dendermonde, Audenarde et Ath.

Un an plus tard, en février, les Français prendront Bruxelles et la France contrôlera, presque accidentellement, ces Pays-bas tant convoités.

Toutefois en 1748, au traité d’Aix-la-Chapelle, elle rendra tout et on accusera Louis XV d’avoir travaillé pour le roi de Prusse « bête comme la paix » disait-on un peu partout.

En 1773, le marquis de Trainel, seigneur de Villers-au-Tertre, Bugnicourt, et Fressain, fonde « L’Association des Fosses de Villers-au-Tertre », qui deviendra la « Compagnie des Mines d’Aniche ».


Puis la Révolution, et surtout le régime de la Terreur qui sera imposé, marquera de nouveau profondément nos villages, et la foi de ses populations. La loi du 27 novembre 1790 obligera les prêtres à prêter le serment civique de fidélité à la Nation et au roi, c’est ainsi que dans le Nord, il y aura 190 « jureurs » contre 1057 « réfractaires ».

Le 1er février 1792, l’Assemblée décrète que toute personne qui voudra voyager dans le royaume sera tenue de se munir d’un passeport.

La guerre éclate le 20 avril 1792, l’Assemblée législative l’a déclarée à l’empereur, souverain des Pays-Bas autrichiens.


Aussitôt après, le département réclamera de Roland, ministre de l’intérieur, le pouvoir d’interner les prêtres réfractaires, dont les manœuvres sourdes répandaient l’inquiétude et semaient la division.

D’ailleurs, une loi du 6 avril de cette même année leur avait déjà interdit le port de la soutane.

De plus comme les deux corps français partis de Valenciennes (Biron) et de Lille (Dillon) se sont débandés devant les autrichiens en arrivant à la frontière, il fallut trouver des responsables et, sous prétexte d’arrêter les désordres intérieurs et la complicité avec l’ennemi, en ce 30 avril 1792, le département en profitera pour séquestrer les prêtres réfractaires.

Tous les ecclésiastiques insermentés et anciens fonctionnaires publics seront sommés de venir sans délai à Cambrai où ils seront placés sous la surveillance de la municipalité.

Bien entendu, cet arrêté était illégal et, pour se justifier auprès du ministre et de l’Assemblée, le département devra expliquer qu’il agit ainsi pour « garantir la sécurité individuelle des prêtres ».

Beaucoup d’entre eux émigrent alors en Belgique, celui de Fressain, qui n’est pas encore remplacé par un constitutionnel, ne voudra pas quitter ses paroissiens, il y sera contraint.


Le Nord, sur la ligne de combat, est admirablement préparé pour une guerre défensive car Vauban l’avait doté d’une triple rangée de forteresse qui, de Dunkerque à la Meuse, défendaient non seulement tous les cours d’eau, mais aussi tous les espaces intermédiaires (voir aussi les Redoutes à Aubigny et Erchin)

Narbonne, ministre de la Guerre dans le Cabinet Girondin, viendra inspecter les fortifications dont 24.000 hommes sont massés entre les places fortes.


Le 21 janvier 1793, le Roi Louis XVI est guillotiné à Paris.


La même année, symbolisant une rupture avec l’ordre ancien, un nouveau calendrier est mis en place avec effet immédiat dont la nouvelle ère, l’an 1, sera fixée au 22 septembre 1792, jour de proclamation de la République.

Selon un découpage qui se veut rationnel, chaque année est désormais divisée en 12 mois de trente jours, année complétée par 5 jours appelés sans-culottides, la période bisextille est appelée franciade, on ajoute un jour appelé jour de la Révolution.

C’est ainsi que ces 5 jours auront pour nom Vertu, Génie, Travail, Opinion et Récompenses.
Toutefois, une infime proportion de la population puisa dans ce calendrier pour choisir les prénoms de leur progéniture, pas même ceux qui l’avaient imposé, on les comprend !

Les 12 mois de l’année portent maintenant des noms les situant selon les saisons ou les productions de la terre, et c’est ainsi que :
L’automne comprendra Vendémiaire, les Vendanges, Brumaire, évoquant la saison des brumes et brouillards, et Frimaire, le froid.

L’hiver contiendra Nivôse, la neige, Pluviôse, les pluies, et Ventôse, le vent des giboulées.
Tandis que le Printemps abritera Germinal, la germination des graines, Floréal, pour les fleurs, et Prairial, les récoltes de prairies.

Et que l’Eté recouvrira Messidor, pour les moissons, Thermidor, la chaleur, thermies, et Fructidor, pour la cueillette des fruits.


Le 27 janvier 1794 un gros ouragan dévastera la région.


Joseph Lebon rejoindra Cambrai le 5 mai, y installe un tribunal révolutionnaire, et fera régner la terreur.

Du 10 mai au 24 juin, pas moins de 149 condamnations à mort sont prononcées, les victimes, de tous âges et de toutes conditions, les motifs futiles la plupart du temps.

Ce sont des gens inoffensifs, respectables, coupables simplement du délit d’opinion ou de croyance religieuse, et beaucoup de paysans du Douaisis fuiront vers une région occupée par l’ennemi.


Le 16 janvier 1796 le commissaire du département, Groslevin, interdira les sonneries de cloches et, le 2 mars, il ordonnera de les enlever des églises, sauf la plus petite, et sommera le commissaire du canton de Lewarde d’abattre le calvaire d’Auberchicourt, celui de Villers subira le même sort, tous les signes religieux devront disparaître, jusqu’aux églises. Celles d’Erchin et de Villers-au-Tertre seront détruites en 1799.


Fin juillet 1799, le commissaire de Douai, François, reconnaît l’insuccès du nouveau calendrier, il sera définitivement aboli sous l'empire le 11 nivôse an XIV ( 1er janvier 1806 ).

Le peuple restera attaché aux fêtes traditionnelles, malgré les défenses et les menaces de sanctions.

Le Directoire, qui mènera une lutte âpre pour ruiner l’influence du clergé à l’école, ne trouvera pas de maîtres et les anciens clercs d’avant 1789, referont la classe comme autrefois.

Le service militaire obligatoire mécontente le peuple, et l’agitation contre révolutionnaire s’accroît cet été 1799.


Le mécontentement général va mener au coup d’état du 18 brumaire, et à Paris le régime se dissout peu à peu, le Directoire vit ses derniers jours.

Le 9 novembre 1799, un jeune général de l’armée d’Egypte, Bonaparte, chasse les directeurs et fera voter une nouvelle constitution : le Consulat.

La République fait dorénavant place à une dictature militaire, et entraînera un grand soulagement chez les catholiques.

Apaisés, les émigrés rentrent, on ordonne la réouverture des églises, le calendrier républicain cesse d’être obligatoire.

Le 16 juillet 1801, la signature d’un concordat entre le pape Pie VII et Bonaparte rétablit officiellement le culte catholique.


Après Waterloo, par le traité de Paris signé le 20 novembre 1815, il est décidé que des troupes Danoises d’occupation prennent possession de la place forte de Bouchain et des environs, et nous laisseront quelques témoignages, comme l’obélisque à Roucourt.

Masny, Lewarde, Erchin et Villers sont compris dans la zone susdite.


En 1849, une épidémie de choléra fera 8000 victimes dans le département du Nord, et réactivera le culte de St Roch. Beaucoup de chapelles des environs et dédiées à St Roch furent érigées.


En 1866, une seconde épidémie de choléra provoquera encore des ravages dans le département.


La France déclarera la guerre ensuite à la Prusse, le 19 juillet 1870, c’est le seul conflit qui n’opposera que deux belligérants. Elle se terminera le 10 mai 1871 avec l’assemblée de Versailles, au moment où les troupes Prussiennes s’apprêtaient à franchir le pont pour envahir Arleux. La cité épargnée le baptisera d’ailleurs de ‘Pont des Prussiens’.


Voilà, en ces quelques phrases, l’histoire de notre territoire au travers de celle de la France, jusqu’au début du 20ème siècle, qui ne l’épargnera pas non plus.


Ce sont ces rivalités incessantes qui forgeront le tempérament des gens du Nord quand, sous vingt siècles de haine, de larmes, et de regrets, ils se relèveront, pour la millième fois.


Nous sommes aussi, vous êtes encore, les enfants de cette histoire là.

Régis Delobeau