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Cantin

Origine Historique Armoiries La Légende de Gayant Le Château fort
La Fontaine Gayant Le souterrain La ferme et le Colombier Le Lac de Cantin La Cité disparue
L'Eglise La chapelle ND des 7 douleurs Economie passée Le Vison Traditions et Géants
La Fête de la Rhubarbe

Origine du village

Des haches de pierre polie, un dépôt de 800 lames de silex découvert en 1822 attestent de l’existence de Cantin dès la civilisation néolithique.

Les gaulois apparaissent vers le Ve avant JC, et Atrébates et Nerviens du Hainaut résistèrent longtemps et avec acharnement aux armées romaines. Vaincues par César, les troupes gauloises furent quasi exterminées près de Hautmont, sur la Sambre, en l’an 57 avant JC.

Tenant compte des nombreuses découvertes faites depuis toujours, médailles et monnaies romaines, urnes, restes de constructions (puits, piscines, souterrains), on peut penser qu’un Oppidum (camp romain) se trouvait au centre des trois villages de Villers, Bugnicourt et Cantin.

A l’occasion de travaux sur la D135, entre Cantin et le lieu dit ‘le Molinel’ commune de Goeulzin, des observations dans les coupes des fossés ont permis de vérifier le passage de la voie, hypothétique jusqu’alors, reliant Arras à Famars via Estrées et Lewarde.

Mais l’absence de fossés bordiers, des empierrements limités par ‘plaques’ sur une chaussée essentiellement en terre, des fluctuations latérales, etc.., montre le caractère rudimentaire de cette voie.

Cette voie constituait la desserte routière antique principale de la vallée de la Sensée, et on peut imaginer que les paysans gallo romains empruntaient régulièrement cet itinéraire pour aller à Lewarde vendre sur le marché leurs productions, réassortir leur outillage ou acheter quelques produits artisanaux.

Une bonne part des belles céramiques régionales et des importations plus lointaines (sigillées du centre de la Gaule, amphores d’Espagne, verreries de Rhénanie…) a sans doute transité par ce petit centre très actif avant de finir dans les tombes ou dépotoirs des paysans. Elle passait non loin du passage à niveau actuel.

Des pièces de monnaie et médailles gallo romaines furent mises à jour dans un champ entre le CV24 et le chemin de Flesquières. Suite à l’importance de cette découverte, ce champ fut dénommé ‘Champ à l’argent’. On ignore ce qu’est devenue la collection. Voir aussi le Trésor de Féchain.

En 1925, près de ce champ, on a retrouvé une urne en terre cuite et une pièce romaine en argent. L’urne a été brisée par les ouvriers, mais la pièce d’argent est restée entre les mains de Mr Lebette, ancien maire de Cantin.

D’autres trouvailles furent mises au jour, telles des puits en grès, fragments de tuile, tessons de poterie, trépied en fer gaulois, et également un millaire, comptant pour 1000 pas, que les romains utilisaient pour jalonner leurs chaussées.

Au Ve, Cantin se trouve alors aux confins de quatre provinces, la Flandre Wallonne, dont la cité dépend, l’Artois (Goeulzin), le Hainaut (Bugnicourt), et le Cambrésis (Arleux). Dès lors, Cantin obéira au même prince que Douai, et aura pour seigneurs des châtelains de Douai.

A l’époque carolingienne, quand le Castrum Duacum devint Douay, ‘Cawentin’ fut vraisemblablement le village qui se constitua à proximité du carrefour formé par la voie ancienne, et par celle qui dû relier Douai à Cambrai.

Historique

Le nom du village est cité pour la première fois en 1065, dans la charte de restauration de l’abbaye de Hasnon, tandis que Gérard II, évêque de Cambrai et d’Arras abandonne l’autel de ‘Cawentinium’ à la prière du doyen.

Cantin fut créée ville en 1109 par Gelduin, IVe abbé d’Anchin.

Un château fort avec donjon et courtines s’édifia sur la partie haute de l’agglomération.

Il était sans doute destiné à veiller sur un point de franchissement de la frontière entre Flandre et Hainaut-Cambrésis, entre une province dont le comte était vassal du roi de France et une ‘Terre d’empire’.

Dès lors, des liens étroits semblent s’être établis entre Cantin et la ville voisine, liens qui sont soulignés tant par l’histoire que par la légende.

Fin octobre 1521, l’armée française de François 1er détruit le village, et d’autres.

Le panorama de Cantain figure dans les albums de Croÿ, qui évoquent l’état des lieux représentés à la fin du XVIe.

En août 1749, les habitants de Cantin virent avec surprise un monument s’élever en face de l’église, près du château de Mr Rémy, c’était un pilori. D’après la tradition, cette prétentieuse construction aurait alors excité plus de sourires que de colères, et le pilori n’aurait jamais servi.

Mr Rémy n’était pas assez puissant pour disposer de ce droit là, seuls les seigneurs hauts justiciers pouvaient élever ces monuments de justice féodale.

Voir le pilori à Roucourt

Armoiries

Les armes actuelles de la commune sont celles de la famille Rémy : ‘De sinople à une aigle d’argent volant vers un soleil d’or posé en chef à dextre’.

En héraldique, science des blasons, l’aigle est au féminin (voir aussi à Marcq en Ostrevent).







La légende de Gayant

C’est le vaillant Jehan de Cawentin allant prêter main forte aux douaisiens ayant maille à partir avec les normands.

C’est, en prime, le mythe du souterrain reliant le village à la ville, c’est aussi Gayant qui serait la figure de ce Jehan, géant tutélaire sauveur de la cité.

Les manneliers, créant en 1530 leur gayant en lui donnant la fière allure du chevalier féodal, ont voulu perpétuer le souvenir du vaillant et noble seigneur de Cantin, qui prit une part active à la défense de Douai, et qui fut toute sa vie au service des douaisiens, qu’ils fussent flamands ou français.

Et c’est pourquoi, encore de nos jours, les musiciens de la fanfare de Cantin s’appellent les ‘Gayantins’, le jeune géant local, construit lui aussi en osier comme son illustre aîné, ayant été à son tour baptisé du même nom.

Une autre légende nous apprend que Henri, Martin et Brice, respectivement mari et fils de la Belle Hélène (à qui revint le mérite d’avoir retrouvé la vraie croix de Jérusalem), arrivent un beau jour à Bruges où ils trouvent un seigneur sarrasin (païen) du nom de Moradin, qu’ils n’ont aucune peine à convertir au christianisme, et qui prendra le nom de Maurand, avant d’aller évangéliser à son tour Courtrai puis Douai, où habite un géant au nom inconnu.

Les voilà donc un beau jour, mettant le siège devant la tour de cette ville qui se trouve précisément reliée à Cantin par un souterrain permettant les approvisionnements respectifs des deux cités en cas de difficultés.

Cantin est tenue par Malore, un autre géant, frère de celui de Douai. A l’occasion d’uns sortie, Maurand fait des prisonniers, les interroge, apprend l’existence de ce mystérieux souterrain et met ainsi le siège devant le château de Cantin, au moment précis où Malore reçoit son frère douaisien venu lui rendre visite.

Bien que Maurand présente toujours une force équivalente à celle du géant douaisien ou de son frère Malore, à l’occasion d’un combat, il ira jusqu’à lui couper une cuisse ‘tout jus de son épée tant que le géant cheut par terre’, puis tue le géant de Douai et recueillera in extremis la conversion de Malore, qui lui livrera la cité de Douai et deviendra celle de Maurand de la Rivière.

Le géant de Douai contrôlait le passage sur la Scarpe et il était un peu considéré comme un passeur.

La tradition confirme que l’endroit était habité par des géants, et on retrouva effectivement des ossements gigantesques lors de la construction de la maison des orphelins sur les ruines de la tour des Creux, l’ancien donjon d’Adalbald.

Le château fort

Forteresse destinée à devenir fameuse dans les romans et légendes, le château fut édifié en 1149 par le comte de Flandre Thierry, pour opposer une barrière à son rival le comte du Hainaut , devenu maître de l’ancien comté d’Ostrevant.

En 1185 le comte de Flandre met une garnison dans différents châteaux, dont celui de Cantin (castra Cawercin).

En 1270, ce fief allait devenir la propriété de l’abbaye de Flines, et firent des investissements importants autour des propriétés acquises à Cantin, une grange en 1288, une bergerie en 1292, et un moulin à vent.

Successeur du chevalier Pierre de Douai, son fils Jehan de Cawentin, vaillant guerrier, illustre par sa naissance et ses faits d’armes, est celui à qui il est possible d’attribuer les prouesses du géant de Douai.

Le château fort fut vendu à la ville de Douai, pour mille livres, en 1379, qui stipula le terme de 8 années pour opérer sa démolition et l’enlèvement des pierres.

Il n’y eut de réserve que pour un ‘chelier et un puch en le court dudit chastel’ ; chose curieuse, ce puits existe toujours, rue du puits, et indique ainsi très exactement l’emplacement de l’ancien château fort, rue de la fontaine, non loin de la place de l’église, il est connu sous le nom de ‘fontaine gayant’ (voir ci-dessous).

Accessible à tous avant la seconde guerre mondiale, l’eau de ce puits alimentait l’abreuvoir de grès situé sur la place même de l’église, Il est maintenant enclavé dans une propriété privée.

Ces pierres ont servi à la construction du fameux beffroi de Douai, qui bravera les siècles et les révolutions, à l’érection duquel on travailla depuis 1379 jusqu’à 1410.

La Fontaine Gayant

Il est difficile de savoir si cette dénomination est antérieure ou non à la légende de la Belle Hélène qui met en relation Douai et Cantin.

Quoi qu’il en soit, on trouva un jour à l’intérieur d’un autre puits situé quant à lui dans une carrière, des ossements humains gigantesques qu’il n’a malheureusement pas été possible de conserver et d’analyser.

Par ailleurs, il convient de noter que Gargantua, le prototype de tous nos géants français, hante souvent les puits et que la légende le fait notamment descendre deux ou trois fois aux enfers.

En fait, le géant est connu pour être un passeur d’âmes ; il relie notre monde à celui de l’Au delà par le puits, tunnel qui s’enfonce dans les entrailles de la terre et renforce ainsi une certaine vision mythologique de notre environnement.


Le souterrain

Une description sommaire de ce souterrain fait état d’une quarantaine de marches en grès, une profondeur d’environ 8m, une longueur approximative de 25m.

On y accède par une cave rectangulaire, au 30 de la rue de l’église, avec sur le côté droit une galerie rebouchée par un éboulement ; à gauche, le souterrain comporte une petite chambre d’un côté, une plus grande de l’autre, puis ensuite un passage maçonné, au dessus duquel figure le millésime 1741 ( ?).

Après ce passage, une deuxième chambre, puis de nouveau une galerie dont l’extrémité est bouchée…..

Mystère !!! Ce souterrain allait-il jusque Douai ? C’est bien probable.

Il y a une cinquantaine d’années, le niveau d’eau de la carrière de craie, exploitée par la cimenterie, baissa en quelques heures de plus de 1 mètre. On peut supposer que l’excavateur, dont la flèche était aux deux tiers immergée, a crevé le souterrain laissant l’eau s’engouffrer de part et d’autre.

Vers les années 50, au Raquet, à Douai, des ouvriers ont mis au jour un souterrain qui fut aussitôt rebouché. Etait-ce le prolongement de celui de Cantin ?

A-t-il été creusé lors des invasions normandes pour permettre à la population de s’y réfugier, ou plus tard pour relier les châteaux forts de Cantin et de Douai ?

Percé aujourd’hui dans une propriété de la rue de l’église, à un emplacement différent de l’ancienne forteresse, on ne sait s’il date de l’époque féodale, et s’il a quelque relation avec la forteresse.

Le mystère demeure, s’éclaircira-t-il un jour ?

Voir aussi le souterrain de Villers.

La ferme, le Colombier

Sise au 51 de la rue de Cambrai, cette cense était autrefois la possession d’une puissance seigneuriale, l’abbaye cistercienne de Flines, qui avait assez vraisemblablement pris le relais d’une villa gallo romaine, son architecture évoluera au fil des siècles.

L’une des fondatrices, Marguerite de Constantinople, lègue à l’abbaye en 1261, une partie de Cantin.

Deux fermes sont alors créées, et les religieuses établissent sur le territoire l’un de leurs plus beaux et vastes domaines.

Elles conserveront cette seigneurie d’une centaine d’hectares égale à celle du Sire de Cantin, jusqu’à la Révolution.

L’une des abbesses, Isabelle de Gomiécourt, fait construire la ferme au XVIIIe. Les blasons aujourd’hui effacés, sculptés sur la grange, portaient peut-être les armes de cette abbesse et celles de l’abbaye de Flines.

Vendue en tant que bien d’abbaye lors de la Révolution, la ferme est achetée entre autres par le baron Cornudet des Chaumettes, puis par la marquise de Chabrillan.

L’accès à la cour carrée de la ferme se fait par un porche en grès datant de 1821.

Le corps de logis a probablement été rebâti après la première guerre mondiale, aujourd’hui, seule la grange qui porte la date de 1732 et le pigeonnier, sont du XVIIIe.

Le lac

Si la grande guerre fut moins destructrice à Cantin que dans bon nombre de villages de notre région, le XXe y laisse cependant une trace indélébile.

En effet, c’est dans les années 1920 que s’installe au bord du canal de la Sensée, et branchée sur la voie ferrée Douai-Cambrai, une cimenterie qui commença à creuser sa carrière à la lisière de Cantin et de Goeulzin, trou qui ne cessa de s’élargir et de s’approfondir pendant une soixantaine d’années.

Tout un vaste morceau de plaine céréalière allait ainsi disparaître à jamais, et, la craie étant extraite en profondeur jusqu’à une vingtaine de mètres sous le niveau de la nappe phréatique, un beau lac d’une eau très pure, celle qui coule de nos robinets, allait apparaître et peu à peu s’étendre.

Mais quand l’extraction de l’argile et de la craie cessèrent, le four de la cimenterie éteint, la nature prit très vite sa revanche.

Ayant, comme chacun sait, horreur du vide, elle fit surgir autour du beau lac tout bleu, une sorte de forêt spontanée qui ne fit que croître et embellir au fil des saisons.

Situé entre les deux villages voisins et si proche en réalité de la partie la plus urbanisée du Douaisis, ce vaste espace d’arbres et d’eau se contente, pour l’instant, d’accueillir des milliers d’oiseaux.

Flesquières, la cité disparue

Le village de Flesquières, situé entre Cantin, Arleux, Hamel, Estrées et Goeulzin, se trouvait avant la révolution sous la dépendance d’Erchin.

Il a appartenu de tout temps, dès le VIIe sans doute, au chapitre noble des Dames de Ste Aldegonde de Maubeuge.

Le village, avant la révolution, était une petite agglomération qui collait à Cantin.

C’était une toute petite paroisse, essentiellement composée d’une immense ferme, la cense de Flecquières, appartenant toujours aux Dames de Maubeuge, et de quelques logements de manouvriers groupés autour d’une église et d’un presbytère.

En 1793 les troupes de la république cantonnèrent à Flesquières afin de former un des avant postes du camp d’Arleux, et dévastèrent la ferme. Des combats entre troupes françaises et autrichiennes anéantirent complètement le village.

La paroisse fut supprimée, et devint hameau de Cantin, puis ce hameau lui-même disparut, il ne reste que le nom d’un lieu dit, et d’une rue de Cantin, derniers signes évocateurs du passé.

Voir Carte de Cassini plus haut

Eglise

Outre les ruines du château féodal et la présence d’une ferme, sans doute celle que Marguerite de Constantinople donna à l’abbaye de Flines, la silhouette de l’église paroissiale y est particulièrement intéressante.

En dépit des transformations apportées aux collatéraux et de la reconstruction de l’actuel clocher néo-gothique, l’édifice n’a guère changé et sa structure initiale reste visible aujourd’hui.

Bien que l’on ne puisse affirmer que le premier lieu de culte de la paroisse originelle de Cawentin se trouvait exactement là où se situe l’église actuelle, on sait qu’il existait déjà à la fin du premier millénaire, puisqu’au milieu du 11ème l’évêque d’Arras et Cambrai, en confia l’autel à l’abbaye d’Anchin, en 1079.

Dédiée à Saint Martin, elle était bâtie tout en grès, et il est à peu près certain que le chœur actuel, construit vers la fin du XIIIe et restauré en 1559, servit de chapelle centrale, tant au seigneur qu’aux baillis des abbayes d’Anchin et de Flines.

C’est en effet sur ce même tertre que s’élevait le château fort par lequel le comte de Flandre qui le fit édifier au 12ème, entendait défendre l’extrémité méridionale de son domaine, Bugnicourt étant situé en Hainaut, et Arleux en Cambrésis.

La nef et son élégante colonnade de grès de pays, taillée de façon rustique, sont sans doute du 16ème, comme la belle cuve baptismale, elle aussi creusée dans le grès et qui porte la date de 1543.

Le style gothique prévalait encore dans notre région à cette époque, qui vit, entre autres, s’édifier la Tour Saint Pierre de Douai.

Les fenestrages, visibles sur la gouache, correspondent parfaitement aux trois travées de cette nef. Cette représentation, datée de 1603, montre bien également le chœur à trois pans et ses fenêtres ogivales.

Moins large et plus bas que la nef, le chœur actuel, avec son chevet orienté à trois pans, est donc bien celui que l’on voit déjà dans les albums peints voici quatre siècles.

L’église et le clocher furent restaurés en 1778 et 1829, tandis que son clocher en grès fut rasé et remplacé par l’actuel en 1858, qu’un ouragan endommagea et le clocher et l’église en 1878, que le pavé du chœur sera remplacé en 1880, et que 1920 verra la restauration du bâtiment, en partie détruit pendant la guerre.

On aperçoit encore très bien du dehors la voûte de la porte qui faisait communiquer la sacristie avec le chœur, ou même en son temps, le château fort au chœur.

L’église, placée sous le patronage de St Martin, l’apôtre des campagnes gallo romaines, reste d’ailleurs le seul lieu public où l’on puisse contempler quelques souvenirs du passé ancien de Cantin.

Antérieur à la nef, le chœur fut peut-être, à l’origine, la chapelle du château. Quand à la belle vasque de grès des fonts baptismaux, datée de 1543, elle serait contemporaine du premier agrandissement de l’édifice religieux.

Martin 1er fut le dernier des papes martyrs (649-654). Arrêté par ordre impérial pour avoir défendu la foi sur les deux volontés divine et humaine du Christ, vrai Dieu et vrai homme, il fut transféré à Constantinople en 653, emprisonné, condamné à mort, dégradé publiquement, et finalement déporté à Cherson (Sébastopol), où il mourut de misère en l’an 656.

Il sut affermir la foi en ces temps où plusieurs hérésies christologiques entraînaient l'Eglise dans des querelles inutiles.

Il rassembla un concile à Saint-Jean-de-Latran et en fit parvenir les actes aux patriarches des Eglises d'Orient afin que soit sauvée l'unité.

Emmené par les gardes impériaux, venus sous le prétexte de l'accompagner jusqu'à Constantinople, il fut déposé sur l'île de Naxos, et pratiquement abandonné durant une année, avant d’être conduit à Constantinople sous les outrages, chargé de fers et traîné dans la ville.

Exilé en Crimée, il y mourra de faim et de soif.

Dans une lettre, il écrivit aux prêtres de Rome : ‘Je suis comme enseveli tout vivant au milieu d'un peuple presque entièrement païen. Ils n'ont absolument aucune charité, même pas celle que la nature humaine fait voir habituellement chez les barbares eux-mêmes, qui montrent souvent de la compassion…

De ce pauvre corps qui est le mien, le Seigneur lui-même prendra soin, comme il lui plaira d'en disposer, soit que mes épreuves ne cessent pas, soit qu'il m'accorde un peu de soulagement. Le Seigneur est proche: de quoi puis-je me tourmenter? J'espère en ses miséricordes, et qu'il ne tardera pas à ordonner la fin de ma course.

Conservez la foi, inébranlable. Pour ce misérable corps, le Seigneur en aura soin. Il est proche, de quoi serais-je en peine ?

Chapelle Notre Dame des Sept Douleurs

Devenue publique récemment, cette chapelle est construite dans le jardin planté d’un grand bâtiment habité, appelé ‘le château’, n°30 rue de l’église se prolongeant par la D47b en direction d’Arleux.

Bien qu’elle ne figure pas sur le plan cadastral de 1865, son ancienne propriétaire certifie qu’elle était déjà propriété de ses arrière grands-parents, Mr et Mme Pierre Billet, après 1865 ou au début des années 1900.

Parmi les motifs réalisés en brique blanche, on remarque au pignon le calvaire et son tertre, encadrés de deux losanges.

A l’intérieur, la statue de Marie, d’une fade blancheur, presse ses mains contre sa poitrine dans laquelle sont enfoncés sept poignards en forme d’éventail sinistre.

Cette iconographie serait apparue en Flandre au XVè, selon les spécialistes.

La dévotion aux douleurs de Marie se développa dans les monastères dès 1100, mais c’est surtout au XVè que le culte de la Mater Dolorosa s’est développé et qu’est apparue en Flandre l’image symbolique des sept glaives plantés dans la poitrine de Marie.

En 1652, une congrégation d’Augustines fondée à Rome prend le nom de Filles des Sept Douleurs de la Sainte Vierge et, en 1667, la fête de Notre Dame des Douleurs est concédée à l’ordre des Servites de Marie avant que le pape Benoît XIII ne consacre en 1727, le culte de Notre Dame des Sept Douleurs, et que Pie VII étendra, en 1814, à l’Eglise Universelle.

Déjà, lors de la Présentation au Temple, le vieillard Siméon avait prédit à Marie qu’un glaive de douleur transpercerait son cœur maternel.

Les sept souffrances retenues par l’Eglise sont : la prédiction de Siméon, la fuite en Egypte pour échapper au massacre des Innocents, la disparition à Jérusalem de Jésus retrouvé au Temple, la rencontre avec son fils mené au Calvaire, la Crucifixion, la descente de la Croix et enfin, la mise au tombeau.

Invoquée pour avoir le courage et la force d’affronter la douleur, c’est la patronne et la protectrice de Mouscron (Belgique), elle est fêtée le 15 Septembre.

Au cours de deux dimanches consécutifs en Juin se déroulaient les processions du Saint Sacrement, partaient de l’Eglise jusqu’au reposoir de Notre Dame des Sept Douleurs, allaient au reposoir de la ferme de Jean Dumont rue du Puits, et rejoignaient un troisième reposoir installé à la chapelle Notre Dame du Rosaire –aujourd’hui disparue- et enfin rue de Flesquières ou un quatrième arrêt était de rigueur, à la ferme de Xavier Coquelle.

Elles ont cessé par leur manque de fréquentation et à cause de la densité du trafic automobile sur la RN43.

Les processions des Rogations ont disparu quant à elles, avant la seconde guerre mondiale, elles faisaient le tour du village pour bénir les champs avant de se rendre à la chapelle Saint Roch, également disparue de nos jours.

Economie passée

En différents endroits du territoire, on extrayait non seulement du sable mais aussi des grès propres à la construction des bâtiments et au pavage des routes.

Il existait dans la commune, quatre fabriques de sucre, deux brasseries, une fabrique de noir animal et de colle, un moulin à vent et un moulin à huile au Moulinet, un élevage de gibiers (lièvres, perdreaux), un autre de visons (voir ci-après).

Toutes ces activités ont disparu les unes après les autres.

Le Vison

S’il évoque incontestablement le luxe, la plupart du temps le vison est un animal très méconnu.

Cantin hébergea jadis un tel élevage, au lieu dit ‘Le Molinel’, devant le canal.

Mustélidé proche parent du putois, mais plus rare en milieu naturel, on ne le rencontre plus qu'en Bretagne méridionale et épisodiquement dans le sud-ouest de la France, son élevage permet d’éviter les ponctions dans la nature, l’espèce n’est plus en danger de disparition.

C’est un petit animal qui mesure 45 à 60cm de long dont près d’un tiers pour la queue, et dont le poids varie de 500g à 1200g.

Son régime alimentaire est carnassier, et, dans son habitat naturel, il se nourrit de batraciens, poissons, mollusques, petits rongeurs, rats et oiseaux, et même de moustiques, c’est pour cette raison qu’il fréquente les eaux douces telles que nos rivières, mais surtout les marais.

Nocturne, plutôt solitaire, il demeure dans un terrier creusé entre les racines des arbres en bordure de l'eau, et affectionne également le creux des troncs.

Bien qu’il soit difficile d’évoquer ici des thèmes toujours délicats, la fourrure a subi des années durant d'efficaces campagnes de désinformations, il n’en reste pas moins vrai que de nos jours les élevages constituent la réponse au problème des prélèvements naturels, tels que la pêche par exemple.

Il est important de préciser que de tels élevages de visons, mais encore de renards, putois, chinchillas... , soumis à une autorisation préalable d’exercer, sont strictement réglementés, et les vétérinaires officiels veillent à l’application draconienne des dispositions légales prévues, lors de visites régulières.
Les visons de ferme, ou d’élevage, sont des animaux domestiques, ils n'ont pas la notion de ‘liberté’, et l’éleveur a pour premier souci, la production de belles pelleteries.

Ce souci, la beauté du poil d'un animal, est en relation directe avec son bien-être, avec ses conditions d’élevage.

De nos jours, ces visons sont issus de différentes populations vivant au Canada et aux USA.

Bien qu’assez récents (1930), le nouvel environnement des pensionnaires a influencé leurs comportements et leur reproduction et, de l'animal timide fuyant lors de l'approche d'un humain, les visons d'élevage réagissent maintenant par une attitude de curiosité plutôt que par de l'agressivité et de la timidité tandis que, dans le même temps, le nombre de petits par portée a doublé.

Cette évolution est dûe à la sélection des reproducteurs d’une part, et au rejet des animaux agressifs ou nerveux d’autre part, les améliorations obtenues profitent ensuite à d’autre espèces.

Au fil du temps le vison est même devenu très familier, et la tradition veut que les ‘noces de vison’ soient fêtées au 59ème anniversaire de mariage, cérémonie à laquelle il est dit : ‘Aujourd'hui, bien au chaud avec ceux que nous chérissons, blottissons tendrement cet amour qui nous a tant protégé durant cinquante-neuf ans’.

Traditions, les Géants Gayantin, Gayantine, et Adèle Brissez

Les historiens locaux font remonter au 9ème siècle la relation de Cantin avec son Gayant, vraisemblablement inspirée des prouesses de Jehan de Cawentin, dit Messire Boutier de Cantin, cité dans les chroniques du temps.

Toutefois, çà n’est qu’en 1890 qu’une société Cantinoise, dite ‘Les enfants de Gayant de Cantin’, prit l’initiative de faire réaliser le premier géant et d’acquérir les têtes à Tournai.

En 1986, les enfants de l’école ont conçu et réalisé le projet de redonner vie à Gayantin et, en 2002, il s’est transformé en géant porté et processionne depuis, les rues de nos campagnes.

Un jour que Gayantin s’ennuyait et souffrait de sa solitude, il rencontra ses cousins nombreux dans la région, et demanda à défiler lui aussi en famille.

C’est alors qu’Adèle Brissez, Cantinoise et fondatrice de l’hospice, lui fut présentée.

Malheureusement, Adèle ne se consacrait qu’aux nécessiteux du village et avait choisi de rester célibataire. C’est la raison pour laquelle elle ne put devenir sa promise, ils restèrent amis.

Touchés par la déception sentimentale de Gayantin, nos villageois, très attachés à leurs géants, se sont alors mobilisés et, en l’an 2000, Gayantin fut très ému quand on lui présenta enfin la gente dame Gayantine.

Depuis ils convolent en justes noces et auront, sûrement, de nombreux petits…. nains !

La fête de la Rhubarbe

Il était de coutume, il y a 150 ans environ, qu’on célébrât par un souper intime, entre les agriculteurs et les manouvriers, la fin des moissons, et la rentrée des récoltes.

C’était aussi le coup d’envoi de la fête foraine, appelée ducasse dans nos régions.

Ce mot est d’ailleurs issu de ‘dédicace’ car elle était toujours affectée à un événement, ou à un saint patron.

Elle durait trois jours et donnait lieu à de grandes réjouissances, c’était un événement.

Il y avait bal du dimanche jusqu’au mardi, et les balançoires, les manèges, le jeu de billon et les loteries envahissaient la place du village.

Aujourd’hui, la ducasse est devenue la ‘Fête de la Rhubarbe’, et cette plante régionale potagère est mise à l’honneur quatre jours pendant lesquels dominent brocantes, spectacles, ronde des Géants, carnaval d’été et feux d’artifices.

Depuis 150 ans déjà, Cantin festoie le dernier week-end du mois d’août, et nos villageois célèbrent en famille, la rhubarbe et leurs géants.