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Estrées

Origine Historique Armoiries Spécificité La Pierre mystérieuse
La Ferme du château Les Glières Dicton Légende du Mt Hardon L'Eglise
Le Calvaire La chapelle ND du Mt Carmel La chapelle St Roch Anecdotes Savary l'inventeur
Fête locale

Origine du village

Au point culminant du village, les rues du Câtillon et de la Fontaine délimitent des parcelles où se situait, au Moyen Age, le château seigneurial, et les terrains où il s’étendait furent peu à peu morcelés, bâtis, entamés par des sablières. En 1988, la dernière grande parcelle a été l’objet d’une fouille archéologique.

Elle a d’abord montré que le sommet de la colline fut occupé par l’homme à diverses reprises, depuis l’âge du Bronze (-1800 avant JC), jusqu’aux temps carolingiens (9ème après JC), puis du 9ème au 11ème, plusieurs carrières seront ouvertes pour exploiter les affleurements de grès.

Une voie reliant le pays Atrébate -dont Arras (Atrebata Urbs) était la capitale- aux contrées du Nord de l’Empire, passait déjà par le village, itinéraire qui reprenait peut-être le tracé d’un plus ancien chemin gaulois allant franchir l’Escaut à Trith.

C’est cette voie qui donna son nom à Estrées, toponyme dont la racine latine ‘Altare Strata’, mentionnée en 1139, signifie la Route, étymologie que l’on retrouve entre autre dans l’anglais ‘Street’ et dans l’allemand ‘Strasse’. Le village était désigné sous le nom de ‘Strata in Ostrerensi pago’, la ‘Route en pays d’Ostrevant’.

Avec l’axe Cambrai-Arras, la RN 39, qui a aussi donné son nom au village de Sauchy-Lestrée, la voie Arras-Lewarde par Estrées et Cantin constitue la desserte routière antique principale de la vallée de la Sensée.

Une autre voie romaine aurait pu rejoindre à Estrées celle que nos éminents historiens nous donnent à connaître, exemple de la voie pavée encore actuellement présente sous les eaux du marais d’Ecourt St Quentin.

En 1182 et en 1215, il sera fait mention de Estreis.

Historique

Au Haut Moyen Age, les comtes de Flandres tiennent leur principauté d’une main de fer, ce qui a l’avantage de limiter les guerres féodales et d’assurer une certaine stabilité.

Autour de l’an mil, les noyaux villageois se fixent progressivement à leur emplacement actuel.

Les fouilles à Estrées ont fait apparaître, sous les remblais du château médiéval, les restes d’une partie du village du XIème et XIIème siècles.

Les maisons sont assez vastes, une centaine de m², et construites en solides poteaux de bois, hourdés de torchis, les toits sont en chaume. Autour de la maison, des cabanes semi enterrées servent de réserves à provision et d’atelier pour le tissage, un puits à eau complète le dispositif.

Parmi les objets retrouvés, un fer à cheval montre la présence de chevaux de trait pour le labour, qui remplacent à cette époque les bœufs utilisés jusqu’alors.

Les premières maisons du village d’Estrées s’installent sur les carrières remblayées, en particulier une vaste maison paysanne en bois, de 11x18m. La toiture à quatre pans est en chaume, une rigole d’évacuation recueille les eaux pluviales.

A l’autre bout du terrain de fouille, toute une série de fosses et d’installations montre la proximité d ‘autres parcelles analogues, qui durèrent probablement un ou deux siècles.

C’est aussi vers l’an mil que se fixe, sous l’autorité épiscopale, le réseau des paroisses rurales dont les contours sont directement à l’origine des limites communales actuelles.

Vers 1070, l’évêque de Cambrai et seigneur d’une partie d’Estrées, donne l’église du village et sa dépendance, Hamel, au chapitre Sainte Croix de Cambrai.

L’autre partie appartient à la famille de Wastimes dont l’un des membres, Jean, écuyer, s’attribuera en 1316 le titre de sire d’Estrées.

Au milieu du 12ème, un château féodal s’installe. Il appartient aux prévôts de Douai. Les bâtiments précédents sont détruits et le site est occupé par un fossé défensif de 5m de large et 3.5m de profondeur.

Cette première installation fortifiée durera peu de temps, elle sera remplacée par un château à motte à la fin du 12ème, à peu près au milieu du village, à un endroit qu’on appelle encore ‘Le Castillon’, dont un plan de 1775 permet de tracer les grandes lignes.

Au sommet de cette motte se dresse le donjon seigneurial. Ce château sera totalement détruit au 18ème par des extractions de sable.

Ces bâtiments seront les derniers construits sur le site, et démolis avec l’ensemble de la forteresse, après les sièges de 1488 et 1498.

Les Français de Louis XI, installés à Arras et à Cambrai depuis 1477, se livrent à la destruction systématique des récoltes et des villages, les villageois sont très durement touchés.

Au 14ème, une bonne partie des grains de la Sensée est expédiée vers Douai pour y être vendue, le reste est consommé sur place et transformé en farine dans les nombreux moulins que fait tourner la rivière.

Les moulins à vent sont peu nombreux, celui d’Estrées, dont les ruines sont toujours visibles, est mentionné dès le XVème siècle, proche de l’ermitage, il fonctionna jusqu’en 1802. On avait institué, à l’époque, le ‘droit de vent’.

Le dernier remembrement l’a affecté au territoire de Gouy, il est toujours repris sur les cartes d’état major, rendant sa destruction impossible.

Dans les années 1400, les tirs à l’arc sont très en vogue et, en 1405, il est même fait mention d’une confrérie d’arbalétriers.

Les bassins du Sud de l’Ostrevant et du Sud du Valenciennois sont spécialisés dans l’exploitation du grè. Celle des gîtes de l’Ostrevant prend une telle ampleur que, dès la fin du XIVème, il devient difficile de trouver des blocs de grandes dimensions et de bonne qualité.

Les ‘briseurs de grès’, appelés également ‘croqueteux’ forment une communauté dans le Douaisis. Après avoir localisé dans le sol les blocs avec une barre à mine ou en ouvrant des tranchées, ils les débitent au pic. Les petits éclats sont abandonnés sur place ou revendus aux ‘cauchieurs’ pour le pavage des rues.

Les tailleurs de pierre préparent les blocs et assurent leur finition sur les chantiers. Selon la qualité des blocs, on peut distinguer les pierres taillées, ou d’Espainchaige’, les pierres de bon espainchaige et les pierres de nette taille.

Estrées fut le premier centre d’extraction du Douaisis, et dominera la production avec ses 31 carrières qui emploieront 93 briseurs.

La seigneurie passera ensuite dans la maison d’Hallewin et dans celle d’Oignies, de 1439 à 1678.

En 1714, la maison de Tenremonde sera la dernière famille à acquérir la seigneurie, qu’elle conservera jusqu’à la Révolution.

Les noms de lieu étaient nombreux, certains ont su résister à l’histoire, comme le mont Hardon (voir sa légende plus loin), de la Vigne, de la Fosse, d’Ecurie, d’Absalon, Dorimont, de Bénache, du Château, des Vaches, le Marais, le Marécaux, le Riez, la Flaque des Onnis, les Vaux, les Vingt Cinq.

Armoiries

Les armes actuelles de la cité sont celles de la famille d'Oignies: ‘De sinople à la fasce d’hermines’.






Spécificité du village

Cà ne s’invente pas, à Estrées on a souhaité mettre l’Invention au premier plan.

C’est ce qui fit la renommée de la cité naguère, grâce à un personnage qui mit son talent et toute son ingéniosité à la gloire du village et au service de la ruralité, Antoine Savary (voir plus loin).

La pierre mystérieuse

A proximité de l’église, rue de l’hospice, une vieille bâtisse porte encore une inscription, sculptée sur une pierre du soubassement, en grè.

On pourrait interpréter ‘Suzerain’, en fait, il s’agit de vieux français, à l’époque où les ‘s’ s’écrivaient encore ‘f’, et qui se prononcerait ‘Fusse fait’, on dirait aujourd’hui ‘Fut fait’. Cette mention était toujours suivie de ‘en l’an de grâce’ et de l’année. Malheureusement, c’est justement l’année qui manque…comprise entre 1200 et 1400, une autre pierre dans le village mentionne peut-être ce qui nous manque, elle devrait être gravée en chiffres romains, la plupart du temps c’est cette notation qui était utilisée, pour faire référence aux dates.

Voir aussi à Arleux, le mystère de la pierre de l’église et à Marcq, celui de la pierre blanche.

La Ferme du château

Les plus importantes fermes avant 14-18 étaient incontestablement celle des Drancourt qui ne se releva pas de ses ruines, et celle des Delbart, appelée au temps jadis ‘ferme labbé’, on a oublié pourquoi.

A cette dernière s’attache, sans aucun doute, tout un passé historique dont on ne découvre, en réalité, que fort peu de choses. Probablement intégrée au domaine seigneurial vu qu ‘elle était située devant l’emplacement du château du Castillon, elle a réussi à demeurer en place.

Le fait qu’on puisse toujours y admirer un énorme abreuvoir en grès taillé d’une seule pièce, avec la date 1708 gravée sur le devant, témoigne encore à l’heure actuelle, de son ancienne dépendance féodale.

Ces bâtiments furent cependant exploités en brasserie au début du 19ème, et redeviendront ensuite une très belle ferme contiguë, aujourd’hui, au magasin d’alimentation générale qui vous accueillera avec beaucoup de simplicité.

Les Glières

Autrefois, les travaux d’extérieur étaient légion, et nos arrière grand pères s’abritaient du mauvais temps sous des glières.

Confectionnées avec de la paille de seigle disposée entre de fines branches d’arbre, le tout bien serré par des liens de chanvre, ces abris de quatre à six mètres carrés protégeaient aussi des vents violents.

Pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie, le toit était directement soutenu en position inclinée par des pieux fichés en terre.

Dicton

Le dicton ‘Estrées, les voleurs’ aurait pour origine l’installation de brigands au Castillon en 1489 .

Une autre version, plus récente, affirme que la présence d’une horloge sur chacune des 4 faces du clocher donna l’expression ‘Estrées, té vos (tu vois) l’heure’, bien qu’une horloge existât déjà avant 1893, une facture d’entretien en faisant foi.

La légende du Mont Hardon

Découverte dans un très vieil ouvrage par André Le Glay, une légende donna son nom au mont Hardon, Ardent, ou mont Brûlé.

Autrefois, entre le village d’Estrées et le hameau de Flesquières (voir à Cantin), on apercevait une colline dont le triste aspect formait un contraste singulier avec la riante fécondité des champs et coteaux voisins.

Les flancs calcinés et noircis de cette colline étaient couverts de décombres, on eut dit que c’était un lieu de réprobation et de malheur.

Les pâtres avaient soin de s’en détourner pour ne point y faire passer les troupeaux.

Nulle créature humaine s’en approchait, si ce n’est, pourtant, un insensé qui venait souvent s’y asseoir sur un seuil de marbre.

Vient ensuite cette romance chantée par les troubadours :

Sur le sommet de la colline

Qui protège au loin ce hameau ;

Du vicomte de Sainte-Hermine

S’élevait jadis le château.

Courtois, discret, plein de vaillance,

Tel était le preux châtelain.

Mais on conte qu’à l’indigence

Souvent il refusait du pain.


Un jour , dans la grande avenue

Comme il errait silencieux,

Un mendiant s’offre à sa vue.

L’œil fixe et le front sourcilleux,

- Fuis ! ta présence m’importune

Lui dit le vicomte irrité.

- Que par l’aspect de l’infortune,

Ce lieu ne soit pas attristé.

  • Homme cruel, orgueilleux maître,

Adieu ! Je t’attends à demain.

Demain l’on te verra peut-être

Envier mon triste destin.

De cet inconnu plein d’audace,

Tels sont les sinistres adieux.

Et le châtelain qu’il menace,

En souriant, le suit des yeux.

Mais voici venir la nuit sombre,

Tout dort dans l’opulent manoir,

Quand tout à coup, du sein de l’ombre

S’élance un cri de désespoir.

Sur le coteau l’ardente flamme

Se déroule comme un torrent.

Chartes, trésors, enfants et femmes,

Rien n’échappe au feu dévorant.

Le vicomte à cet incendie

Fut arraché par nos secours,

Mais guérira-t-on la folie

Qui depuis lors mine ses jours ?

Du fond des bois vers son domaine

Il reparaît chaque matin

Et vient aux bergers de la plaine,

A deux genoux, offrir du pain…

Hélas, seules les paroles sont parvenues jusqu’à nous aujourd’hui, et attendent encore qu’un chansonnier leur redonne vie.

Légende ou réalité, la frontière est parfois bien mince, et le rapport entre le nom du Vicomte ‘de Sainte Hermine’, et les armoiries de nos anciens seigneurs, qui arboraient des hermines pour emblème de fond, n’est-il qu’une coïncidence ?

L’église

Dédiée à Saint Sarre, l’église actuelle a été construite au centre du village avec les anciennes pierres de l’église du château.

Bernard Coussée écrivait qu’avant le dernier conflit mondial, elle possédait encore la tête du saint, montré le jour de sa fête.

En 1070, l’évêque de Cambrai gérait déjà ‘l’autel d’Estrées’, attestant par là la présence d’un lieu de culte.

L’édifice se parera d’un relief de féodalité dès lors que Claude d’Oignies, seigneur d’Estrées, y fait graver ses armoiries sur le bénitier et les fonts baptismaux ainsi que sa devise ‘Encore à refaire’ avec la date de 1545.

Ces quelques mots, pourtant bien simples, furent d’ailleurs à l’origine de beaucoup de questions, qui n’ont pas trouvé aujourd’hui d’autre réponse que, comme les matériaux de l’époque résistaient mal au temps, ils étaient sans cesse à refaire, tant à l’église qu’au château.

Le monument fut édifié un peu en dehors de la cité de l’époque, sur l’éminence qui portait son nom autrefois, comme l’indique la carte de Cassini plus haut, aujourd’hui le long de la route de Bapaume, sur la droite en venant de Lécluse, plein champs au nord-est du village actuel.

A proximité se trouvait aussi un cimetière et de grandes quantités d’ossements humains remontaient régulièrement des labours, attestant l’existence d’une nécropole citée dès 1212.

Elle devait d’ailleurs exister depuis le 11ème siècle.

Jadis, les fidèles ne reculaient pas le moins du monde face à une assez longue distance à parcourir pour assister aux offices, et çà n’est pas sans une certaine émotion que l’on pense à nos arrières grand’mères parcourant maintes fois ce ‘chemin des Capelettes’, qui reliait l’église au château du village, égrenant les perles de leur chapelet.



Elles devaient marcher allègrement, priant et suppliant la Divine Providence pour le soulagement de leur misère, lui demandant aussi que soient préservées leurs familles des maux et avanies (vexations) de toutes sortes qui devaient les affliger, d’où cette appellation restée pour désigner cette voie très riche de souvenirs.

Le cimetière, proche du lieu saint et de l’ermitage en bas de la crête nord, était nommé Saint Saire par les prêtres du début du 18ème, sur leurs actes d’inhumation, sûrement une déformation de Saint Sarre.

Cette première église et son cimetière seront abandonnés au milieu du 18ème, il est fait mention sur le ‘Bulletin historique’ de 1865, d’une nouvelle église édifiée au centre du village cette fois, en 1759.

Bâtie en grès, briques et pierres blanches, elle comprend trois nefs de petite dimension séparées par des piliers, la tour est en grès, surmontée d’une flèche recouverte d’ardoises, piliers érigés avec les pierres de l’autre, les armoiries et la date y seront scellés, la première cloche, Marie Louise, sera baptisée en 1772.

Jadis, on n’entreprenait guère d’actions sans en référer aux religieux, surtout dans les campagnes où la foi était profondément enracinée et, la plupart du temps, seuls les prêtres donnaient quelques notions d’instruction à nos paysans illettrés.

La Révolution, et avec elle son cortège de terreur, apporta un revirement spectaculaire à cet état de choses et, si certains curés purent rester en place pendant les premières années moyennant prestation d’un serment de fidélité au gouvernement, il n’en fut pas de même après la chute de la royauté.

Vers le milieu de 1793, on assista à une déchristianisation qui ordonna même la destruction de tous les symboles religieux, et édifices.

A la campagne, les anciens curés restés fidèles avaient conservé leur pouvoir spirituel sur leurs ouailles, et continuaient de célébrer, clandestinement cette fois, les offices encore suivis par bon nombre de fidèles.

La rumeur au village raconte encore de nos jours que la cloche de l’église fut descendue et enterrée dans un endroit appelé ‘les prés, devant le château, dans l’espoir qu’elle ne soit pas enlevée par les brigades révolutionnaires.

Pourtant, tenant compte du baptême d’une nouvelle cloche en 1902, Jeanne Léonine, il semblerait que l’on ait tout simplement remis l’ancienne cloche à sa place, partant du principe que les paroissiens aient laissé un clocher vide pendant plus d’un siècle, mais le mystère n’est pas encore levé.

En l’an 5 ou 6 du calendrier révolutionnaire, une émeute s’organisa spontanément quand l’église fut acquise par Louis Joseph Bégo, dit Boulanger, pour la faire abattre et en revendre les matériaux de construction, très recherchés à l’époque.

Une procédure d’opposition à la transaction ‘tant que l’intégralité n’était pas payée’ fut intentée, et c’est cette procédure, vu la longueur des délais, qui sauva l’église de la démolition, et elle fut rachetée par ses propres disciples, pour ‘onze cent francs’.

L’église fut totalement détruite à la première guerre mondiale de 14-18, la cloche avait été descendue par l’ennemi en 1917, pour sonner le canon cette fois.

En attendant la possibilité de rebâtir un nouvel édifice religieux, la décision fut prise d’installer le culte et son cérémonial dans la chapelle de l’ancien hospice de vieillards (visible rue de l’Hospice).

La nouvelle église, celle de nos jours, s’éleva en 1924 sur l’emplacement de l’ancienne, respectant le style de cette dernière dont les pierres cubiques furent même réemployées, Blanche Victarine tinta pour la première fois en 1927.

Bien qu’elle ait été de nouveau dédiée à Saint Sarre, les officiants ecclésiastiques préféraient plutôt célébrer le culte de Notre Dame du Mont Carmel, au moins pendant l’entre deux guerres.

Saint Sarre l’évangélisateur (voir aussi à Hamel), personnage né à Lambres, est assez méconnu. Au VIIè siècle, il aurait remonté la Sensée et convertit les peuples de la rivière, et serait mort décapité.

La seule mention de ce saint date de 1025, lorsque l’évêque de Cambrai, Gérard 1er, transporta les reliques de Saint Sarre depuis la cathédrale de Cambrai jusqu’au monastère du Cateau. Gérard Maufilastre incendia la ville du Cateau en 1133, et il est probable que les reliques du Saint aient péri lors de l’incendie.

L’autel, situé à la droite du chœur, possède un peu de ses cendres dans une chapelle miniature.

Saint Sarre est le patron des cordonniers.

C’est l’abbé Coupez, vers 1930, qui découvrit par hasard dans un dépôt de pierres le long du ‘Chemin des Dix Sept’, rue ‘Octave Hérin’ aujourd’hui, les cuves et les tronçons de pilier en granite sculptés aux armes d’Oignies, ce qui lui permit de reconstituer le bénitier et le baptistère tels que nous les voyons encore. La pierre ornée de la devise et du blason seigneurial servira désormais de support du bénitier.

Il serait dommage de mettre un point final à cette évocation de l’église d’Estrées, sans consacrer quelques mots à deux remarquables personnes, les ‘Sœurs de Charité’ Soeur Onesse, descendante des Desurmont originaires de Tourcoing, et Soeur Françoise, d’origine plus modeste, l’une catéchisait les enfants et s’occupait de l’église, tandis que l’autre soignait bénévolement, en tant qu’infirmière expérimentée, les malades. Son aide était toujours demandée dans les cas urgents et même désespérés.

On peut encore voir leurs tombes, dans le cimetière derrière l’église, aussi modestes que le fut leur façon de vivre.


Le Calvaire

A l’intersection de la rue du Mont et de la rue du Bois, le calvaire communal y est élevé sur une butte agrémentée d’un décor végétal.

C’est le dernier d’une longue tradition, le plan de 1775 indique une croix à cet emplacement, avec la mention ‘Mont de la Croix’, elle est également reprise sur celui de 1812.

C’est en 1829 qu’elle est remplacée par un calvaire construit par André Vinois, marchand brasseur à Douai.

Bien qu’encore présent sur le cadastre de 1866, il dut être détruit durant la première guerre mondiale.

La mémoire et la foi des paroissiens ont permis sa reconstruction, et son inauguration fut faite en grande pompe en juillet 1937, lors de la procession de Notre Dame du Mont Carmel.

A l’époque, on avait décoré 7 chars et une foule considérable assistait à la cérémonie.

Au centre de la traverse, debout sur celle-ci, une statuette du Christ s’inscrit dans un demi anneau concentrique.

Le christ est identique à ceux d’Aubencheul, Goeulzin, Hamel et Lécluse.

Une seule procession avait lieu pour le Saint Sacrement, le dimanche suivant elle se déroulait à Hamel, le même prêtre desservait les deux paroisses.

Partant de l’église, le cortège empruntait la rue du calvaire et saluait en passant la chapelle Saint Roch recouverte d’une magnifique glycine en fleurs, et revenait à l’église.

La procession de l’Assomption empruntait un autre itinéraire.

Chapelle Notre Dame du Mont Carmel

Vous la découvrirez dans le village, au carrefour des rues du Gal de Gaulle et Octave Hérin.

Elle fut construite après la première guerre mondiale par Mme Marie Vinois en remerciement du retour de ses trois enfants engagés dans le conflit.

Le vocable de Notre Dame du Mont Carmel fut affecté à cette chapelle après que l’oratoire du même nom fut détruit au cours de cette guerre, et une confrérie de ce nom existait à Estrées depuis 1826.

Son centenaire fut l’occasion de l’organisation d’un cortège religieux et historique le dimanche 18 juillet 1926.

A l’intérieur de la chapelle, l’autel en bois est surmonté d’une console fixée au mur, qui porte une statue de Notre Dame du Mont Carmel, une Vierge à l’Enfant du XIXè qui foule aux pieds le serpent.

Ni l’un ni l’autre ne sont couronnés, en revanche la Vierge devait tenir un objet dans la main droite, ses doigts sont en position de préhension, et il s’agissait probablement du scapulaire que l’Enfant devait également porter.

C’est au Moyen Age qu’une communauté chrétienne perpétuait sur le mont Carmel, au cap Liban en Israël, la vieille tradition de contemplation et de prière inaugurée par le prophète Elie.

Certains d’entre eux essaimèrent en Occident où, souvenir de leur lieu d’origine, ils prirent le nom de ‘carmes’, approuvé par la suite par le pape Honorius III en 1225.

Simon Stock, sixième général de l’ordre eut une vision de la Vierge le 16 juillet 1251, et c’est cette apparition qui accentua le développement des carmélites.

La fête de Notre Dame du Mont Carmel, célébrée le 16 août, fut introduite au calendrier romain en 1726 par le pape Benoît XIII.

La procession principale d’Estrées se déroulait le dimanche qui suit le 16 juillet. Le cortège traditionnel a été remplacé, après 39-45, par un défilé de vélos garnis et de scènes religieuses sur des chars.

Les hommes étaient à cheval et on louait des costumes pour cette procession suivie par des prêtres d’autres paroisses et un public très nombreux.

De l’église, le cortège empruntait la rue de l’Eglise puis la rue du Calvaire jusqu’au calvaire, où l’on chantait un salut. Par la rue du Mont on rejoignait la chapelle ND du Mt Carmel pour un autre salut, avant de regagner l’église.

L’abbé Prévot cessa cette procession en 1967, mais elle repartira un peu avec l’abbé Malrain, jusqu’en 1970.

Aujourd’hui, elle se résume à une simple procession à l’intérieur de l’église.

Chapelle Saint Roch

La chapelle Saint Roch est un édifice communal érigé au bord de la rue du Calvaire, entre les numéros 4 et 6.

Elle fut bâtie vraisemblablement à la suite d’une des épidémies de choléra de 1832 ou 1849, elle apparaît sur le plan de 1866.



Elle possède beaucoup de similitudes architecturales d’avec le Calvaire, à moins que ce ne soient les mêmes bâtisseurs dont l’un dût, pour le moins, inspirer le style de l’autre.

Sa porte est fermée par deux vantaux de bois s’ouvrant vers l’intérieur. Leur partie haute, vitrée, est protégée par une ferronnerie dessinant les lettres SR, initiales pour Saint Roch.

Jusqu’en 1990, les fermiers du village venaient encore honorer Saint Roch pour la réussite des vêlages.

L’église d’Estrées possède une autre effigie de Saint Roch.

Voir le culte de Saint Roch à Goeulzin.


Anecdotes

Nos ancêtres étaient contraints de se contenter d’une nourriture modeste et, vers la fin du 18ème, ‘en ce temps-là, on mangeait du sauré toute l’année !’. D’après eux, cela consistait à suspendre un hareng saur au plafond, sur lequel chacun allait frotter son quignon de pain gris, pour lui donner un peu de goût….et d’odeur ! Une teilée de lait pris était aussi placée au milieu de la table familiale et les convives y trempaient leur miche, ou neuche, en patois local. La teile était un grand récipient de terre cuite, tandis que le lait pris, une sorte de fromage blanc très fluide à base de lait battu.

Beaucoup plus proche de nous, dans l’entre deux guerres, on grattait soigneusement le beurre sur les tartines, et nos grands mères considéraient que le fait d’ajouter un peu de confiture constituait un pêché grave, et il nous fallait choisir entre l’une ou l’autre de ces friandises.

La grande fête du village était incontestablement la ‘ducasse’ (vient du mot dédicace, toujours affectée à un saint), durait trois jours, parfois quatre, et le dimanche suivant avait lieu le ‘rebond’

Au bal, les danses duraient presque toute la nuit, entraînées par des orchestres souvent improvisés.

Les manèges de chevaux de bois étaient actionnés par des chevaux, ou par quatre ‘pousseurs’, qui tournaient autour du mât central sur une piste réservée, en poussant le croisillon de bois.

Du fait que ces pousseurs étaient souvent des bons buveurs, le carburant était nécessaire au bon fonctionnement de l’ensemble, certains passaient le reste de la nuit allongés sous le manège, incapables de rentrer chez eux…

Vers la fin du 19ème et même au début des années 1900, les jeunes femmes de paysans chaussaient, à l’occasion des bals, des bottines en cuir ‘à boutons’, qui représentaient déjà un certain luxe.

On racontait que certaines jeunes censières ‘filles à marier’, cherchant un promis bien pourvu, n’hésitaient pas à se présenter au bal après avoir soigneusement imprégné leurs chaussures de bouse de vache, pour représenter ‘un beau parti’ ; à l’époque, le fumier, toujours stocké au beau milieu de la cour de ferme, était un symbole de richesse, alors qu’aujourd’hui, il est plutôt synonyme de pollution. Autres temps, autres mœurs…

Bien entendu, ces jeunes filles étaient toujours les premières invitées.

Après çà, on dira que l’argent …..n’a pas d’odeur !

Savary, l'inventeur

Dès 1920, les activités de Mr Savary Père furent réparties entre les enfants, Octave put exercer le métier de Maréchal Ferrant, Lucien celui d’Entrepreneur de Battages, Roland aida son épouse dans son affaire de Taxi, et son autre frère Antoine.

Antoine fonda son atelier de mécanique générale et négoce de cycles, machines à coudre, etc.., et très vite ses qualités de mécanicien inventif le conduisirent à la création de nouveaux outils et machines agricoles.

Chaque invention fut protégée, et c’est ainsi que plus de 30 brevets furent déposés, et non des moindres, durant la vie de l’affaire.

En 1925, c’est l’Enfouisseur de fumier adaptable sur charrue à traction animale (le Brabant)

1930, ce sont les fameux ‘Sépar-élévateurs Tire Bouchon’ destinés aux moissons, cette invention connut d’ailleurs un grand succès puisque des milliers d’appareils furent usinés à Estrées, destinés à la France entière, ainsi qu’à l’exportation.

De 1930 à 1935, des accessoires bien pratiques furent mis au point tandis qu’en 1935, la célèbre machine à traire ‘Savary Amanco’ thermique et montée sur brouette permit de traire les bovins directement sur place, en pâture !

Au moins, on pouvait dire que Mr Savary n’avait pas l’habitude de mettre la charrue avant les bœufs !

Le mariage de la sœur Réjane avec Jean Plouvier en 1946 donnera une nouvelle dimension à l’entreprise, qui devient désormais la ‘Société Savary Sébille et Cie’.

De 1948 à 1976 de nouvelles inventions seront brevetées par messieurs Savary Père et Fils avec le concours de Jean Boulet, et c’est ainsi que se sont succédé sans relâche la plupart des accessoires qui permirent une grosse avancée, tant dans les conditions de travail, que dans la rentabilité des exploitations agricoles, parmi ceux-ci un train arrière spécial permettant au motoculteur de se transformer en mini tracteur pour les outils traînés, le légendaire dispositif de retournement automatique.

C’est en 1957 que Savary reprit les activités de Candelier, à Bucquoy, réemployant la totalité de l’effectif.

Entre autres inventions du moment, on verra la Bineuse à betteraves à 3 roues directrices, une pré-démarieuse-bineuse avec variateur.

Une coopération technique et financière, passée avec Honda France, permettra d’équiper les motoculteurs de la marque avec les accessoires Savary.

C’est de là que les motoculteurs vont pouvoir être transformés en tondeuses à gazon.

3 ateliers, 2 à Estrées et le troisième à Bucquoy emploieront jusqu’à 70 salariés consacrés à la fabrication, pour ceux de nos lecteurs intéressés, de différents outils de préparation du sol tels que Charrues, Monosocs, Bisocs, Trisocs et Quadrisocs, Bineuses et Pré-démarieuses-bineuses mécaniques sur toutes plantes sarclées, Buto et Vibro déchaumeurs, Herses vibrantes, Butteurs de PdT, Extirpateurs, Scarificateurs, Croskillettes tractables 2 sens, Eliminateur de fanes verticales, etc…

En 1972, la fin du contrat de location des usines Candelier mettra le personnel en reclassement, soit dans la branche Agriculture, soit dans celle de la Motoculture de plaisance.

Recherché, le personnel d’Estrées trouvera immédiatement un nouvel employeur, dont Renault, tandis qu’une simple activité de Service Après Vente est maintenue sur le site par deux salariés, et l’un des fils Savary.

Un accord sera conclu avec la Sté Artésienne de Constructions Mécaniques de Bienvillers au Bois, la poursuite des fabrications Savary sera assurée sur un autre site, d’autres inventions verront aussi le jour.

Les remerciements de la Sté Savary iront à tout leur Personnel des usines d’Estrées, Bucquoy, et Bienvillers, en 1982, date de la prise de retraite d’Antoine Savary.

Mr Savary Père décèdera en décembre 1971, le fils en mai 1997, et Jean Boulet en octobre 1977.

En 2003, la marque ‘Savary’ est toujours plaquée en France et à l’étranger sur les outils de motoculture et de micro tracteurs, par la société Savary S.P.M. à Bienvillers au Bois.

Fête locale

Estrées fête le Mont Carmel le dimanche de Notre Dame du Mont Carmel ou le suivant, selon le calendrier.

A l’origine, cette fête trouvait son apogée dans une procession religieuse à travers les rues du village, puis, de 1945 à 1967, elle fut remplacée par un défilé de vélos garnis et de scènes religieuses sur des chars.

Pendant les années 80, ce défilé a été à son tour remplacé par un autre de vélos fleuris, sans thème religieux, de groupes folkloriques et de chars confectionnés par les habitants.

Aujourd’hui, la fête commence le samedi après midi par une course cycliste.

Le dimanche matin est organisée une brocante dans le centre du village, messe en plein air au Calvaire, tandis que l’après midi un défilé de vélos, fanfares locales et majorettes, Gilles…, parcourt les rues du village.

La fête foraine, quand à elle, vous entraîne du samedi jusqu’au lundi soir.