Résurgences Senséennes

Marcq en Ostrevent

Origine Armoiries Spécificité L'Eglise Histoire de Cloche
La chapelle du Calvaire La chapelle St Roch La chapelle ND de Bonsecours La chapelle ND de Lourdes Fernand le Rebouteux
Le Mystère de la Pierre blanche Le Pilori Les souterrains La Prison Economie passée
Traditions La Légende de Marcq Site Internet de Marcq

Origine du village et Historique

La paix romaine, en 313 après JC, et l’édit de Milan, attribué à l’empereur Constantin, met fin aux persécutions. La province est découpée en Civitates (civitas), morcelées en Pagi (pagus).

L’un de ces pagi les plus lointains et les plus sauvages de l’Atrébatie est l’Ostrevant, à l’Est de l’Artois. Il est situé dans un triangle limité par la Scarpe, l’Escaut, et la Sensée (l’Escrebieux en est aussi une limite naturelle). De ce fait, on l’appela aussi quelquefois ‘l’île St Amand’.

Son nom est d’origine germanique : Oostre (orient), et Vant ou Bant (pays circonscrit). C’est aussi la raison pour laquelle on peut écrire l’Ostrevant avec un ‘A’, bien que les deux orthographes soient admises.

Plus simplement, c’est le territoire de l’Est.

Le village, début des années 1600

Cette petite région naturelle est attestée depuis le 9ème (Pagus Osterban). Son souvenir restera longtemps vivace, même après l’éclatement du comté primitif en 1071.

Ce territoire vivra longtemps replié sur lui-même, quasiment indépendant, les soldats romains et autorités ecclésiastiques étant peu informées ou peu soucieux de ce qui pouvait s’y passer ou exister. C’est un coin perdu, sauvage, couvert de forêts et de marécages, où les loups et les ours étaient plus nombreux que les quelques tribus gauloises abandonnées, qualifiées de demi sauvages par Jules César lui-même. Vers 360, St Jérôme y aurait été témoin de scènes d’anthropophagie.

Né du pagus, l’Ostrevant deviendra Comté. Ses premiers comtes, aussi ducs de Douai, habiteront Lambres, et Bouchain, vers 691.

Ces comtes disparaîtront lors du mariage de Philippe II le Hardi, prince du grand duché de Bourgogne, avec la fille héritière du comte de Flandre, en 1369. Il fera alors place à la châtellenie de Bouchain, l’Artois, le Hainaut, et la Flandre seront désormais liés à la puissante maison de Bourgogne.

L’Ostrevant s’enfonce comme un coin aux limites de la Flandre et du Hainaut, de la France et de l’Empire, d’où son importance politique très grande. De là aussi, une histoire compliquée.

Sous les mérovingiens et les rois fainéants, l’Ostrevant connut, entre autres comtes, Théobald (613-618), Ricomer, Ausbert, Adalbaud qui fut canonisé, Erquemalde décédé en 638.

687, la bataille de Tertry dans la Somme, affirme la puissance de Pépin de Héristal, qui s’empare de l’Ostrevant.

Plus tard, Pépin le Bref, en 714, donne le comté d’Ostrevant en dot à sa fille Reine, épouse d’Adalbert, seigneur de Bouchain.

835, Louis le Débonnaire fait don de l’Ostrevant à son second fils, Louis le Germanique.

Le Hainaut est l’ancien pays de l’empire de Charlemagne, arrosé par l’Escaut, la Meuse, et la Haine, dont il prit le nom, les habitants en sont les hennuyers.

En 1071 l’union des deux comtés la Flandre et le Hainaut, est brisée, c'est à ce moment que l’Ostrevant vire de bord mais le souvenir de la dépendance française ne disparut que peu à peu.

A Marcq, une famille seigneuriale existe déjà en 1103, Hugo de Marque.

Le chapitre de Saint Pierre de Douai deviendra en 1117, collateur de l’église de Marcq en Ostrevant, appelé alors Marka, mot franc qui signifie Limite (marque ?).

En 1120, Hainaut et Ostrevant se trouvent dans les mêmes mains.

Marke fera partie du diocèse de la cathédrale d’Arras, qui possède de nombreux biens sur le territoire et, au cours de la seconde moitié du XIIè, les seigneurs des lieux vendront une partie des terres aux abbayes de Vicoigne et des Près, de Douai, et apparaîtra ainsi dans leur cartulaire, en 1267.

En 1246, dans une sentence arbitrale, St Louis adjuge le Hainaut aux d’Avesnes, et la Flandre aux Dampierre. On ne dispose point du comté d’Ostrevant, et ce partage engendrera une situation conflictuelle.

En 1261, il est fait mention de Marka en Ostrevant.

Un acte de l’abbaye d’Anchin, en 1276, cite ‘Jou, Mahius, chevalier, sire de Marke doi pour men castel de Marke…

Par la suite, Louis XI examinant de nouveau l’affaire, et en fit don aux enfants de Bouchard.

Depuis ce temps, l’Ostrevant a toujours fait partie du Hainaut jusqu’en 1428, époque où les comtés furent de nouveau séparés.

La mouvance est l’état de dépendance d’un domaine, par rapport au fief dont il relève.

Avant 1334, la seigneurie de Villers mouvait, dépendait, de Marcq en Ostrevant, laquelle seigneurie mouvait à son tour de celle de Béloeil, et immédiatement de Namur et de Mons. En 1334 elle passera directement sous la mouvance de Guillaume de Hainaut, à Mons.

Guillaume II, comte de Hainaut, cèdera au seigneur de Deleil la suzeraineté de la seigneurie de Marcq, que son père Guillaume Ier avait acquis de Lymoge de Viandegnies.

La maison de Deloeil conservera le fief de Marcque jusqu’en 1433, pour la céder à Jean dit Mansard d’Esnes , c’est par mariage que les Carondelet succèderont à la maison d’Esnes, au XVIème.

1470, dans une charte conservée dans les archives de Marcq on trouve ceci : ‘au 1er février 1470, Nicolas de Villers, écuyer, seigneur du Sauchoy et d’Aubrecicourt, un fief ample à lui échu par le trépas de Thomas, son père, et comprenant…

Une gouache des albums de Croÿ (ci-dessus) fait apparaître le château près de l’église. D’ailleurs, d’après le cadastre, le château devait se dresser entre l’église actuelle et le ruisseau dit ‘Riot des glennes’ en longueur, et de la salle des fêtes jusqu’au bâtiment de la Ferme Roger, en largeur, soit une plateforme d’environ 90m sur 70, avec les fossés.

Les derniers seigneurs de Marcq furent les De La Pierre, avec François Bonaventure, jusqu’à la Révolution, époque où il sera encore fait mention de la présence de ce fameux château.

De nos jours, Marcq est un joli petit village fleuri, où il fait bon vivre, les habitants, autrefois surnommés ‘ les corbeaux’, participent activement au fleurissement de leur village en participant au concours municipal des maisons fleuries.

En flânant dans le village vous pourrez admirer de belles façades séduisantes et dans la rue du Sergeant Coleau vous contemplerez deux magnifiques maisons classées ‘hors concours départemental des maisons fleuries’ et récompensées par deux fleurs, tout comme un village.

Armoiries

Les armes actuelles de la cité sont toujours celles de la famille des De La Pierre : ‘D’argent à trois aigles éployés de sable’.

Le monde des dieux est souvent représenté par les oiseaux de proie.

Symbole royal, l'aigle est l'animal représenté, avant même le lion, sur le plus grand nombre de blasons, armoiries et drapeaux tant en France que dans le monde entier.
Elle reste le symbole de la puissance et de l'autorité, mais aussi de l'empire, de la souveraineté et de la liberté.

En héraldique, science des blasons, l'aigle est du genre féminin.

La bicéphale (à 2 têtes), évoque la ferveur, la perception, l'évaluation et le jugement, elle peut évoquer deux autorités, ou deux types de pouvoir, tels que religieux et militaire.

Spécificité

L e Patrimoine Religieux, particulièrement présent à Marcq, est le thème fort de la cité. Son Eglise si particulière, ou ses chapelles récemment rénovées par le Syndicat Intercommunal vous rappelleront sûrement la puissance passée de l’Eglise et de la châtellenie de Bouchain, tout à côté.

Eglise

L’église, dédiée à St Sulpice, date du 15ème, et fut reconstruite au 19ème.

Le clocher constitue l’élément remarquable de ce monument, les arêtes des contreforts sont assemblées en pierre tendre, et le reste, en briques.

Une fine tour est adjointe au clocher, elle héberge un colimaçon qui permet d’y accéder, l’église de Marcq est la seule de toute la région dont le clocher n’est pas surmonté d’une flèche.

Le porche, de facture gothique flamboyant, est postérieur au 15ème, tandis qu’un architecte douaisien dirigea la reconstruction du bâtiment entre 1818 et 1830.

En 1923, une nouvelle cloche remplacera la précédente, démontée par les allemands en 1917, Caroline Delcambre fut nommée marraine (voir Histoire de cloche plus loin).

Vers 1930, un plafond ferma le clocher et une tribune prit place au-dessous. Le hall d’entrée ainsi créé, fut fermé par une grande porte à double battants, flanquée de chaque côté de plus petites portes latérales permettant l’accès à l’intérieur.

L’église comprend une nef unique, et un chœur en cul de lampe.

Seules les fondations en grès témoignent aujourd’hui de la construction précédente, au 15ème.

Une relique de Saint Sulpice attire les visiteurs qui viennent l’implorer pour la protection des enfants contre les chutes, au moment difficile où ils commencent à marcher.

Fêté le 17 janvier, Chapelain du roi Clotaire II, Sulpice fut nommé évêque de Bourges.

Il fut enterré vers 646. Après sa mort, 340 églises en France furent placées sous son vocable.

Son nom fut donné à une paroisse de Paris, qui fut le berceau des séminaires pour la formation des prêtres.

Les fidèles avaient recours à son intercession pour leurs maux physiques et moraux, tant était grande sa réputation.

Il fut aussi le protecteur des pauvres et des persécutés.

Histoire de cloche

Avec l’accroissement de la taille des cloches, l’artisanat de la fonderie se serait développé vers le 5ème siècle, dans le milieu monastique, et restera l’apanage presque exclusif du clergé pendant plusieurs siècles.

La pratique de sonner l’angélus le soir, remonte au 11ème siècle, mais ce n’est qu’en 1472 que le roi Louis XI ordonnera de marquer la douzième heure du jour en s’agenouillant, en hommage à la Vierge Marie.

Au moyen âge, des fondeurs, appelés ‘saintiers’ apparaissent au sein de l’artisanat civil ; ils professent de manière itinérante, car les cloches, difficiles à transporter, devaient être coulées au pied des édifices destinataires.

A cette époque remonte d’ailleurs la plus ancienne famille connue en France, les Croisille, originaires du Nord.

C’est vers le 17ème que les fondeurs se sédentarisent. La Lorraine, et plus particulièrement le Bassigny, sera le berceau de cet artisanat, avec de grands noms tels que Farnier, Hémony, et Drouot, qui s’installa en 1850 à Douai (rue de la Fonderie de nos jours).

La Révolution entraînera la destruction de près de 100.000 d’entre elles, transformées en monnaies ou en pièces d’artillerie. Plus tard, en 1917, les allemands arrachèrent littéralement ces symboles de leur clocher, pour leur faire sonner le canon.

Sur celle de Marcq étaient gravés les mots ‘J’ai eu pour parrain Messire E.M.J. Bonaventure, marquis de La Pierre, chevalier seigneur de Marcq, et pour marraine très noble dame Marie Joseph Hyacinthe de l’Hôtellerie de Falloire son épouse, et m’ont nommée Hyacinthe – An 1761- J’appartiens à l’église de Marcq’.

En 1923 le conseil municipal emmené par François Tondeur, maire de l’époque, décide de remplacer la cloche enlevée par les ennemis pendant la grande guerre.

Un marché de gré à gré sera conclu avec la maison Gripons de Brest pour une cloche d’environs 760 Kg.

Mais selon la tradition, il fallait baptiser cette cloche, lui donner un nom, un parrain et une marraine.

Ce fut chose faite quand le conseil et le prêtre de l’époque décidèrent, pour les choisir, de ‘tirer à l’buquette’ (à la courte paille), entre les enfants du village pupilles de la grande guerre.

C’est Caroline Delcambre qui fut retenue pour marraine, et Hubert Moniez comme parrain, et il ne resta plus qu’à donner un nom à cette cloche.

On la baptisa de Louise Jeanne Hyacinthe, non par hasard, car le papa de la marraine décédé à la guerre se prénommait Louis, Jeanne car le père de Hubert, grand blessé de guerre, s’appelait Jean, tandis que Hyacinthe était tout simplement le nom de l’ancienne cloche.

Chapelle du Calvaire

Au cœur du bourg, alignée sur les façades des maisons contiguës, cette chapelle privée ne se distingue pas facilement, d’autant qu’elle est partiellement recouverte par l’habitation du n°10 rue du Maréchal Foch.

Elle n’est pas encore reprise sur le plan de 1812, mais fait son apparition sur celui de 1866, encastrée entre les deux maisons, propriété de Mr Hubert Delecolle.

A l’intérieur, au dessus de l’autel, un Christ en croix est fixé au mur du chevet.

Les extrémités des quatre branches sont ornées d’un quadrilobe, le sommet de la hampe et le croisillon s’achèvent en fleur de lys, une rosace à quatre feuilles est gravée à la croisée.

Le calvaire de Marpent (59), daté du XVè, possède la même ornementation quadrilobée et fleurdelisée.

Les processions du Saint Sacrement parcouraient le même circuit, partant de l’église, empruntaient la rue de Marquette, la rue Pasteur, posaient à la chapelle Notre Dame de Bonsecours, chez Mr Régnier.

Elles poursuivaient ensuite jusqu’à Saint Roch, posaient à nouveau, et regagnaient l’église par les rues Moniez et du Mal Foch, après un dernier repos chez Mr Venel, à la chapelle du Calvaire.

Vers 1970, toutes les processions disparurent en raison du trafic routier.

Chapelle Saint Roch

Erigée également dans le bourg à l’intersection des rues Pasteur, Maginot, Féchain et Moniez, la chapelle communale se dresse, isolée, sur un espace enherbé.

Elle vit probablement le jour à la suite des épidémies de choléra, 1832 ou 1849.

Fait très rare dans la région d’Arleux, l’édifice possède un chevet en hémicycle.

Sa base est constituée d’une maçonnerie de déchets de taille du grès, vestiges de la précédente.

Saint Roch, vêtu d’une courte robe jaune doré, porte une grande pèlerine par dessus, tombant jusqu’au sol.

Coiffé d’un chapeau à large bord et chaussé de bottes, il pose la main gauche sur le cœur et regarde vers le ciel, tandis que la droite porte le bourdon de pèlerin avec la gourde suspendue.

Son chien noir, assis à sa droite, regarde son maître, un pain disparu dans la gueule ouverte.

Le petit ange à sa gauche soulève la robe du saint pour montrer le bubon de peste, rappelant l’époque de la guérison miraculeuse.

L’œuvre pourrait dater du début XIXè, à cause du chapeau à large bord, représenté à l’époque.

Voir le culte de Saint Roch à Goeulzin.

Chapelle Notre Dame de Bonsecours

Rue Pasteur, dans le bourg, cette chapelle privée est légèrement avancée par rapport au bâtiment de la ferme qui la jouxte.

Aux temps de 1812 et 1866, elle appartenait à la veuve Zénon Cochon, cultivatrice à Aubencheul.

Endommagée en 1914-18, elle fut restaurée en 1923 en même temps que la maison, à l’aide des dommages de guerre, et devint propriété de Mr Dorchies jusqu’en 1940.

A la pointe du pignon se dresse une croix plantée dans un bloc de béton dont le décor, côté façade, représente un cœur d’où jaillit le sang, sans doute symbole du Sacré Cœur.

Notre Dame de Bonsecours se tient debout, en appui sur la jambe gauche, le pied droit en retrait.

Vêtue d’une robe blanche à galon doré, son manteau bleu vif également orné d’un galon doré lui tombe des épaules et forme grand pan.

Coiffée d’un voile blanc surmonté d’une couronne, elle tient dans la main droite une courte lance dont la pointe est dirigée vers le ciel et porte dans la gauche, l’Enfant couronné, faisant face aux fidèles les jambes croisées, le globe crucifère dans la main droite.

Il s’agit d’une iconographie du XIXè avec les attributs royaux et, à l’origine, le sceptre devait remplacer la lance.

Voir le culte de Notre Dame de Bonsecours à Hamel.

Chapelle Notre Dame de Lourdes

En direction de Monchecourt, à la sortie du village, au bout de la rue du 8 mai 1945, est édifiée cette chapelle communale rustique.

Construite au XIXè, elle apparaît sur le plan de 1866 encadrée de quatre tilleuls.

Dévouée à Notre Dame des Orages avant 1914, le vol de la statue qu’elle abritait à la fin du conflit modifia sa dévotion, car Mme Prêtre en remerciement du retour de son gendre lui fit don d’une effigie de Notre Dame de Lourdes.

L’intérieur de la chapelle est peint en blanc, le bas des murs en bleu ciel, les couleurs mariales.

L’autel est une simple console de bois reposant sur deux pieds et ancrée dans le mur du chevet.

Notre Dame des Orages est la protectrice des récoltes, autrefois on l’invoquait, lors des rogations, pour éloigner la foudre et la grêle du terroir.

Jeune fille chétive issue d’une famille pauvre de Lourdes, Bernadette Soubirous était partie ramasser du bois à la demande de sa mère quand la Vierge lui apparut dans la grotte de Massabielle, au bord du gave de Pau.

C’était le 11 février 1858, cette apparition fut suivie de 17 autres dont la dernière le 16 juillet 1858.

Agée de 14 ans, l’enfant décrivit ainsi la scène : ‘La dame est une jeune fille vêtue d’une robe blanche serrée à la taille par un long ruban bleu qui tombe presque jusqu’à ses pieds. Elle est coiffée d’un voile blanc qui cache ses cheveux, enveloppe ses épaules, et descend au-dessous de sa ceinture. Ses pieds, nus, sont ornés chacun de rose d’or’.

Ce prodige attira des foules considérables à Lourdes, dès qu’il fut connu, et des miracles se produisirent.

Un public de 15 à 20.000 visiteurs assista d’ailleurs aux dernières apparitions et put constater l’extase et la transfiguration de Bernadette.

C’est à la 17ème apparition que la Vierge, le 25 Mars 1858, révéla son identité par ces mots :’Je suis l’Immaculée Conception’.

Selon cette doctrine, Marie n’a jamais été souillée et, comme son fils Jésus, est exempte du pêché originel.

Elle serait née d’un baiser échangé entre sa mère Anne et Joachim, à la Porte d’Or de Jérusalem.

Fernand le Rebouteux

Il y a peu, les habitants du canton se rendaient encore à Marcq, guérir leurs brûlures.

Ils venaient au village pour consulter Fernand, qui possédait ce pouvoir de soigner les blessures les plus graves, sans savoir d’où venait ce don naturel.

Des villageois se souviennent encore de ces guérisons merveilleuses et qui, de plus, ne laissaient subsister aucune cicatrice.

Jadis et d’ailleurs encore de nos jours, le magnétiseur – guérisseur, appelé plus simplement le rebouteux était une figure essentielle de la vie paysanne.

Le métier permettait de soulager les hommes, mais aussi les animaux... De plus, le rebouteux soignait non seulement des douleurs musculaires ou des faux mouvements, mais aussi des maux de gorges ou des maladies du cœur !

Nos ancêtres n’avaient ni le temps, ni les moyens d’être malades et bien souvent, lorsqu’ils gardaient le lit, c’est que la dernière extrémité n’était pas bien loin, et la première maladie était souvent la dernière pour ces hommes et ces femmes soumis à une sévère sélection naturelle.

Il faut pourtant bien admettre qu’en plus des épidémies dévastatrices, ils devaient endurer bien des maux inhérents aux conditions de vie et d’hygiène de l’époque.

A ceux-là, ils ne pouvaient opposer que prières, neuvaines, invocations aux saints protecteurs ou encore les remèdes ‘de bonne fame’ venus de la nuit des temps.

Remèdes de ‘bonne fame’ et non de ‘bonne femme’, vient du latin fama, la réputation, d’où fameux, mal famé…

Si l'on ne peut nier que certains remèdes, tisanes, décoctions, onguents et autres cataplasmes dont les secrets venaient de la nuit des temps, n’étaient pas dénués d’efficacité, leur utilisation intempestive et à tout propos ne manquait pas non plus de présenter des dangers certains.

On a fait un peu n’importe quoi dans ce domaine, on a laissé faire n’importe quoi plutôt, comme en 1666, ce chirurgien qui prescrivait un remède à base d’excréments pour lutter contre la peste, et nos malades devaient être dans une sacrée bonne santé pour résister à de telles prescriptions !

Ce n’est qu’au XIXe siècle que les progrès de la médecine aidant, les premiers médecins commencèrent à s’installer dans les campagnes.

Il n’empêche que de nombreux campagnards, pendant longtemps encore, préféreront se rendre chez le rebouteux plutôt que de faire appel au médecin…

De nos jours, les rebouteux ont changé d’appellation, et on appelle leur technique, la médecine douce.

Fernand nous a quitté depuis longtemps déjà, emportant avec lui son secret.


Le mystère de la pierre blanche

Au numéro 2 de la rue d’Aniche, au rond point, vous pourrez contempler cette inscription, gravée sur une pierre blanche scellée dans le mur.

Vous remarquerez sans doute que les ‘N’ sont les miroirs de la lettre actuelle, et authentifient en tout cas, une datation antérieure à la Révolution.

Par contre, les chiffres indiqués, 1191, ne semblent pas appartenir à ce temps, qui n’utilisait que les chiffres romains.

C'est surtout par l'Espagne que la culture arabe pénétra en Occident et essentiellement par la Catalogne.

Gerbert d'Aurillac, en devenant pape, introduisit en Europe les chiffres arabes qu'il avait découverts lors de ses études en Espagne.
Avant lui, les Occidentaux s'en tenaient aux chiffres romains, très peu pratiques du point de vue du calcul, les opérations même les plus simples échappant à toute logique: comment justifier par exemple que XIV + CII = CXVI ?
Or, les Arabes, suite aux conquêtes de l'islam, avaient emprunté aux Persans une numérotation qu'eux-mêmes avaient découvert en Inde.
Cette numérotation d'un principe radicalement nouveau était infiniment mieux adaptée au développement des mathématiques.
Elle se caractérise par l'usage du zéro (déformation de l'arabe as-sifr) et de 9 signes distincts (chiffres) qui désignent les premiers nombres. Les nombres ultérieurs s'écrivent par addition de colonnes supplémentaires (dizaines, centaines,...).

Logiquement, cette date de 1191 ne peut donc pas avoir été gravée dans cette année là, elle l’aurait été en chiffres romains.

Par contre, les deux premiers chiffres peuvent avoir été ‘bricolés’, et on pourrait très bien penser que la pierre fut gravée de nouveau alors qu'elle était devenue peu lisible, et qu'un 7 ait été transformé en 1.

La date correspondrait donc à 1791, époque compatible avec la date de création de nombreuses fermes de la région.

Ou alors, la commune étant connue depuis le XIIe, quelqu'un aura ‘inventé’ cette inscription.

La première hypothèse est plus vraisemblable, mais aujourd’hui, qui peut bien détenir la vérité ?

Voir aussi la pierre mystérieuse à Estrées, et aussi le le mystère de la pierre de l'église, à Arleux.

Le Pilori

Au pied de l’église, à gauche du portail d’entrée, seul un socle surmonté d’une ancienne pierre cassée, témoignent encore de l’existence d’un pilori, édifié là probablement par les derniers seigneurs de Marcq, dans les années 1600.

Aux temps de la féodalité, seuls les seigneurs étaient investis du pouvoir d’exercer la justice de Dieu, et il n’était pas rare de voir de tels édifices érigés dans les endroits les plus fréquentés des villages, souvent aux pieds des églises, pour rendre cette justice aux regards du plus grand nombre.

Faite de souffrances, les sentences prononcées ne concernaient pourtant que les délits mineurs !

Voir aussi en détail le Pilori, à Roucourt.








Les souterrains

Marcq fut traversée par des souterrains, on pouvait en retrouver leurs traces rue Pasteur et au bord de la rue du Château de Lewarde, dans une cour de ferme située à l’emplacement du castel du moyen âge.

On pouvait s’y tenir debout à l’intérieur, avec un cheval et sa charrette. En les empruntant, on pouvait rejoindre Féchain, Bouchain et Emerchicourt.

Leurs accès ont été condamnés, pour éviter que les enfants ne s’y égarent.

La Prison

Jusque dans les années 60, le village disposait d’un ‘asile de jour’ plus communément appelée par les gens du village, la ‘prison’.

Y séjournaient les voyageurs sans abri et même parfois des villageois.

C’est dans l’actuelle cour de la mairie qu’elle accueillait ses ‘clients’.

Economie passée

Autrefois, l’économie locale était surtout composée de quelques artisans, dont l’activité était surtout orientée vers l’agriculture, dominante dans la cité.

Une brasserie, Leduc, était implantée dans le village, elle se situait dans les locaux de l’actuelle ‘Maison des associations’.

Jusqu’aux années 1980, le village était également fier de son apiculteur, Auguste, installé en haut de la route d’Aniche vers Auberchicourt, avec ses cinquante ruches.

Traditions

Le dimanche suivant la trinité, après celui de la Pentecôte, était traditionnellement un grand jour à Marcq, et la ducasse était toujours accueillie chaleureusement par nos villageois, on allait faire la fête !

Une brocante était systématiquement organisée la veille, le samedi après midi, ainsi que les bals ‘volant’ sur la place du village (au rond point de nos jours), et tout le monde, jeunes et moins jeunes, dansaient pendant quatre jours.

La Légende de Marcq

Début septembre, autrefois, le comité laïque d’animation socioculturelle sortait le géant local, dont on a retrouvé la légende, racontée par les élèves de CE2/CM1, en 1995.

Marcq était un magicien, il habitait seul dans un château laid et monstrueux que son père, sorcier très méchant et très laid, lui avait légué à sa mort.

Le château était toujours noyé dans la brume, des bruits étranges en sortaient la nuit, des chauves souris tournaient, volaient, frôlaient les choses, criaient au dessus du château, et tout autour de lui, il y avait un énorme fossé que seul Marc pouvait traverser en faisant apparaître un pont avec sa canne magique.

Non loin du château se tenait un village. Ses habitants craignaient Marc, ne lui adressaient pas la parole, n’osaient jamais l’approcher, car ils le croyaient sorcier et méchant comme son père. De plus, Marc était intimidant, grand et robuste.

Un été, alors qu’il pleuvait sans cesse, les caves des habitants furent inondées, les champs regorgeaient d’eau, les récoltes devinrent très mauvaises. La maladie se propagea alors dans le village, les poules cessèrent de pondre, tandis que les chasseurs rentraient toujours bredouilles.

Le maire organisa une réunion avec ses conseillers et les habitants. Ils réfléchirent et discutèrent de toutes les catastrophes qui leur arrivaient, et le maire n’eut pas de peine à convaincre tout le monde que c’était Marc qui avait jeté un sort sur le village, et qu’il avait pris tout le gibier.

Un soir, un voyageur inconnu arriva dans le village, il avait un aigle sur chaque épaule eu un troisième sur le bras. Apercevant un homme puisant de l’eau dans son puits, il lui demanda où habitait le maire, et alla frapper à sa porte lui demander l’hospitalité du village pour quelques jours.

Le maire accepta, et lui présenta tous les habitants, avec qui il sympathisa rapidement et devint même l’ami.

Un jour, le voyageur demanda : ‘que puis-je faire pour vous, pour vous remercier de votre gentillesse ?

Les habitants répondirent :’Pouvez-vous nous prêter vos trois aigles pour éliminer Marc ?

Le fauconnier se mit alors à observer Marc, à surveiller ses moindres gestes.

Quelques jours plus tard, alors que Marc partait à la chasse dans le bois, notre voyageur le suivit.

Il lâcha ses trois aigles, puis se cacha.

L’un se mit sur le passage de Marc et fit semblant d’être blessé. Marc, qui marchait joyeusement, aperçut l’oiseau blessé, et s’abaissa pour le soigner quand tout à coup, les deux autres rapaces foncèrent sur lui, essayant de l’égorger avec leurs serres.

Marc prit alors sa canne magique et les immobilisa.

Le fauconnier sortit de sa cachette pour venir en aide à ses aigles, voulut assommer Marc, mais celui-ci entendant le craquement d’une branche, se retourna, l’aperçut, un bâton à la main, et l’immobilisa à son tour avec sa canne magique.

Marc lui demanda alors :’Pourquoi veux-tu me tuer ?

Ce sont les villageois qui me l’ont demandé’, lui répondit-il, ‘parce qu’ils croient que c’est toi qui prend tout le gibier, qui a jeté un sort sur le village, et que c’est encore toi qui provoque toutes les catastrophes’.

Marc nia :’Mais non, ce n’est pas moi qui fait tout cela ! Je ne suis pas méchant comme mon père ! Pour donner la preuve de ma gentillesse, je vous donnerai toutes mes réserves. Je te laisse en liberté à la condition que tu ailles frapper à la porte du maire pour lui donner un rendez-vous cette nuit dans le bois, et ainsi je te rendrai tes aigles’.

Le soir venu, le maire et le fauconnier arrivèrent dans le bois. Le maire avait si peur qu’il tremblait de la tête aux pieds. A l’orée du bois, le maire aperçut Marc avec un sac de provisions.

Marc demanda alors au maire :’Pourquoi as-tu envoyé le fauconnier et ses trois aigles pour me tuer ?

Le maire :’Parce que tu prends tout notre gibier et que tu as jeté un sort sur le village’.

Marc :’Non, ce n’est pas vrai, regardes ce que je t’ai apporté, prends ce sac de provisions, donnes le aux habitants et expliques leur que ce n’est pas moi qui provoque tout cela, et je reviendrai demain à la même heure avec un plus gros sac’, rendit les aigles au fauconnier, et repartit vers son château.

Arrivé au village, le maire déposa le sac chez lui et invita tous les habitants à le partager.

Et c’est ainsi que Marc commença à se faire aimer de la population.

Un jour, Marc demanda au maire :’Va prévenir les habitants que je vais faire une fête dans mon château, je vais le nettoyer de fond en comble’.

Le lendemain, tous les villageois se réunirent devant la demeure, propre et rutilante. Marc les fit entrer, et tout le monde fit la fête jusqu’au petit jour.

Marc devint enfin l’ami de tous, et fit graver le blason du village sur les murs du château : un écu de couleur d’argent à trois aigles éployées de sable.

Ils vécurent heureux et en paix.